Portrait de la jeune fille en feu, la critique

En 1770, Marianne, peintre et fille de peintre, est envoyée sur une île Bretonne pour faire le portrait d’Héloïse. Cette dernière, à peine sortie du couvent, refuse de poser en signe de protestation face au mariage forcé qui l’attend. Marianne est introduite auprès d’elle comme dame de compagnie et l’observe en secret pour réaliser le tableau. Les deux femmes vont se rapprocher de plus en plus.

Comme pour un orage d’été, il faut de la patience pour que la passion amoureuse explose et emporte tout sur son passage, ce qui pourra donner à certains une impression de lenteur dans la première heure. Il n’est pas question ici de brusquer la réception et la circulation du désir, thème central du quatrième film de Céline Sciamma. Mais le constat final est très clair : tout est simplement splendide et déchirant dans cette œuvre.

Le prix du scénario obtenu au dernier Festival de Cannes est tout à fait justifié, car chaque réplique vise juste. L’écriture, on ne peut plus soignée, est aussi drôle que poétique. Il aurait cependant peut-être été plus pertinent que Noémie Merlant et Adèle Haenel obtiennent un double prix d’interprétation. En effet, elles trouvent là une rare alchimie et s’abandonnent d’une manière bouleversante face à la caméra pour leur réalisatrice. Le talent d’Adèle Haenel ne faisait plus aucun doute : elle incarne ici avec un parfait équilibre le conflit interne de son personnage, combattante mais lucide. Mais que dire de Noémie Merlant ? Elle est une immense révélation. Sa grâce et sa voix ne sauraient être oubliées de sitôt.

Gestes de femmes et d’artistes, grand travail sur le souffle et évidemment importance du regard des actrices : c’est ainsi que l’état amoureux se manifeste, plus que par les mots, ce qui n’est pas sans rappeler la force d’un film comme Carol de Todd Haynes. La fin est ici plus amère mais transperce le cœur du spectateur d’une manière étrangement similaire.

Nous y trouvons une vision neuve, personnelle et salvatrice de la solidarité féminine.

Portrait de la jeune fille en feu n’est jamais pour autant prisonnier de ses références, auxquelles s’ajoutent le cinéma de Jane Campion ou encore Titanic de James Cameron. Nous y trouvons une vision neuve, personnelle et salvatrice de la solidarité féminine. La jeune servante interprétée par Luàna Bajrami est un personnage essentiel : elle est celle qui permet d’introduire sans aucune lourdeur dans le scénario la place des faiseuses d’ange ainsi que l’aspect collectif de la création artistique.

Soulignons enfin que la photographie de Claire Mathon est représentative de la beauté titre du film et que l’éclairage trouve son apogée dans la scène du chœur des femmes autour du feu, déjà ancrée dans les mémoires cinéphiles.

Suite à ce lumineux vertige d’amour qui met en son cœur l’importance de la sororité, il est impossible de ressortir indemne et d’écouter les Quatre Saisons de Vivaldi comme avant.
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