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Notre Vie avec John F. Donovan : extraits de correspondances

En fier adepte des Internets, j’ai peu l’occasion de recevoir des lettres. Les ancêtres des emails. Vous savez, un stylo, du papier : c’est « so 18ème siècle » si vous voulez mon avis. Bref, j’ai eu la surprise de recevoir deux de ces vestiges du passé récemment. La pratique étant de moins en moins courante, je souhaitais vous les partager.


Première lettre, de Victor

Cher rédacteur en chef de Good Taste Police,

Vous me laissez dans une position bien fâcheuse. Sachant mon amour inconditionnel pour le réalisateur québécois Xavier Dolan, nous nous attendions tous les deux à ce que je livre automatiquement une critique enflammée, passionnée, dithyrambique de son dernier long-métrage, Ma vie avec John F. Donovan. Après tout, c’est bien moi qui vous ai, en partie, poussé à découvrir les flamboyants mélodrames Mommy et Juste la fin du monde. Une filmographie qui a toujours été passionnante, et cela malgré des fêlures récurrentes. Que s’est-il passé alors pour que je n’arrive pas à écrire une ligne positive sur John F.Donovan ?

Très probablement car je n’ai vu au final que plusieurs bandes-annonces pour d’autres films que Dolan aurait réalisé. Je peux peut-être vous dire ce que j’ai vu comme trailers. Il y a d’abord eu Xavier Dolan : Origins, biopic pompeux que Dolan a réalisé lui-même pour raconter sa vie. Visiblement, Jacob Tremblay (le gamin de Room et Wonder qui adore Star Wars) semble jouer Dolan enfant. On aperçoit des scènes où il fugue à Londres pour passer des auditions, s’engueule avec sa moman (prémisse à J’ai tué ma mère ?), hurle devant le générique de Roswell sur son écran cathodique. Une autobiographie qui semble même aller jusqu’à l’auto-glorification puisque l’on voit sa professeure souligner à sa mère que son enfant a une destinée.

Ensuite, j’ai vu le teaser de Xavier Dolan contre les médias, probablement la suite de ces Origins où l’auteur (devenu grand et joué par Ben Schnetzer) décide de se confier à une journaliste concernant des lettres qu’il a envoyées à un acteur de série TV joué par Kit Harrington (oui, apparemment, ça va vers le méta si vous n’avez pas compris). Une sorte de ping-pong verbal plein de raccourcis, où l’on tend plus à se mettre du côté du personnage de Thandie Newton, pauvre journaliste devant écouter des problèmes d’égocentrisme privilégié (mais chut, car Xavier Dolan n’aime pas trop qu’on dise ça apparemment).

Après, il y avait apparemment une pub pour la Marche pour le Climat de samedi dernier. Je ne suis pas vraiment sûr de ça, mais à force de voir Xavier Dolan recycler excessivement ses précédents films avec la même musique pop, la même mère hystérique et les mêmes ralentis, je me suis dit que c’était probablement pour des raisons écologiques. Et pour finir, j’étais très surpris de voir une publicité M6 pour le retour du Hit Machine avec Charly & Lulu. Avec, pour les annoncer, une playlist de ce qui faisait tout le sel des années 2000 : Green Day, Blink 182 et The Verve.

Cet ensemble de publicités était assez inégal au final mais maintenant, j’ai hâte de voir Ma Vie avec John F.Donovan. En plus, j’adore Jessica Chastain, la collaboration entre les deux devrait être formidable !

Cordialement,
Victor Van De Kadsye


Deuxième lettre, de Lucile

Cher Kuru,

J’ai bien perçu ton ressenti plus que mitigé au sujet du dernier Dolan. J’ai cru comprendre que Victor avait également un avis pour le moins négatif… J’entends qu’on puisse être déçu du film, moi-même j’ai été moins touchée par celui-ci. Mais de là à le trouver si navrant… On connaît le personnage, on sait qu’il a conscience de son talent et qu’il aime faire des références. Qu’elles soient égocentriques ou qu’il s’agisse des musiques pop des années 90, c’est sa signature. Je ne prétends pas évidemment qu’il doive se reposer sur ses lauriers, néanmoins l’ensemble du film n’est pas à jeter.

Il est clair qu’il manque un petit travail de fond en terme d’écriture et que certains personnages auraient mérité d’être plus approfondis et exploités. Je pense notamment à Susan Sarandon et Kathy Bates, que le scénario ne fait qu’effleurer. A contrario, l’écriture du personnage de John F. Donovan est merveilleuse, sublimée par le jeu nuancé et brillant d’un Kit Harrington parfait. Vous reprochez aussi au film le jeu excessif de Jacob Tremblay, notamment une scène de cris surexcités face à une série TV. Mais n’est-ce pas excessif que d’aduler une star ? La pourchasser pour obtenir un autographe, un sourire, un selfie ? S’évanouir à son contact ? L’hystérie du gamin est-elle alors si exagérée ou n’est-elle pas représentative d’un fait social gênant ?

Certes, Xavier Dolan est obsédé par certaines thématiques : l’image de la mère, l’homosexualité, le succès, Harry Potter. Certes émotionnellement le long-métrage est moins intense. Je ressors toujours de ses films l’estomac en vrac… Ce n’est pas le cas aujourd’hui, je le reconnais, et ce malgré le personnage émouvant de Donovan et la relation mère/enfant touchante. Mais enfin, toutes ces considérations mises de côté, le film n’est-il pas magnifique dans son esthétique ? Tous ces plans floutés, le jeu sur les profondeurs de champ qui opprime et isole les personnages, et même ces ralentis que vous détestez tant. Et puis surtout cette lumière : les flashs qui éblouissent les personnages jusqu’à les faire disparaître derrière un rideau de faux-semblants, ces corps sublimés par les éclairages, les scènes toujours aussi grandioses dans les boîtes de nuit.

Non, Ma Vie avec John F.Donovan, n’est pas le meilleur de Dolan, loin de là, mais putain, on ne peut pas lui retirer son talent pour filmer la beauté de ses acteurs, de produire une oeuvre belle tout simplement.

Au plaisir te lire,
Lucile Tallon

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