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Midsommar, la critique

Triomphant du succès d’Hérédité, Ari Aster s’inscrit comme un cinéaste plongé dans ses obsessions et autres névroses cauchemardesques comme le prouve son nouveau cru, Midsommar. Jamais on n’aura vu une crise relationnelle dépeinte de manière aussi crue et onirique au cinéma. Attention, grand film d’épouvante en approche !

L’exercice du deuxième long-métrage est toujours périlleux pour un réalisateur. On repense à Jordan Peele qui, après Get Out, signait un retour plus fragile avec Us en mars dernier. Peut-être que ce sera aussi le cas de Robert Eggers avec son prochain film, The Lighthouse. Mais en ce qui concerne Ari Aster, se trace ici le destin d’un futur maître du cinéma d’épouvante tant Midsommar prolonge avec brio ce qui avait déjà été établi dans Hérédité sans pour autant tomber dans une redite paresseuse. Au contraire, il se perfectionne davantage.

S’éloignant du cercle familial, l’auteur va aussi en profiter pour apporter un traitement horrifique à l’histoire d’un couple qui se détruit petit à petit.

Car Midsommar permet de déceler réellement ce qui obsède le réalisateur. Les traumas familiaux de Hérédité reviennent ici chez le personnage de Dani, joué par l’époustouflante Florence Pugh, qui subit choc sur choc tout le long de ce trip. Les répercussions d’une tragédie, survenue en ouverture du film, sur sa psyché vont constituer l’un des enjeux du film. S’éloignant du cercle familial, l’auteur va aussi en profiter pour apporter un traitement horrifique à l’histoire d’un couple qui se détruit petit à petit. Comment ? En partant vers sa deuxième obsession cinématographique qui est le culte païen. Après l’appel au démon Paimon, le cinéaste repart vers ces rites, implantés cette fois-ci dans la culture scandinave.

On est heureux de voir Aster aller vers d’autres horizons. Si le cinéaste semble toujours aussi pessimiste envers les personnages qu’il écrit, les condamnant à mort dès lors qu’ils apparaissent à l’écran pour la plupart, il va pourtant signer un trip dérangeant plutôt qu’un pur film d’horreur comme l’a pu être son précédent. A mesure que les protagonistes goûtent nourritures et elixirs étranges, le film devient pour le spectateur un voyage inquiétant appuyé par la longue durée du film (2h30, tout de même). Ainsi, on découvre tout ce microcosme inquiétant, à mi-chemin entre les disciples d’un Christopher Lee fou et la communauté de Problemos. Cette comparaison avec le film d’Eric Judor n’est pas forcément fortuite puisque, grande surprise, la comédie pointe le bout de son nez dans Midsommar ! Jouant entre le malaise et le grotesque, ainsi que sur le décalage entre la culture étrange (et surtout maléfique !) de ces pratiquants et l’attitude arrogante des touristes anglo-saxons, on rit avec gêne devant ce film qui donne l’impression d’assister à un pendant horrifique de Todd Solondz.

Mais le grand tour de force du film est son ambivalence dans la culture qu’il représente. Lorsque Aster filme le Mal, avec un grand M, c’est de façon cru, où les corps sont exhibés et démembrés, où les personnages sont manipulés pour accomplir une prophétie inscrite dès le plan d’ouverture. Pourtant, comme le montrait Hérédité et continue de le faire Midsommar, ce Mal libère cathartiquement ses personnages principaux. On finit, comme Dani, par être fasciné et par être plongé vers ces coutumes étranges comme cette danse tourbillonante sans fin auquel elle participe. Midsommar est très dérangeant par cette fascination, aidée par la décoration fabuleuse de Henrik Svensson. Il faut dire que ce n’est pas tout les jours qu’on voit des contes horrifiques aussi ensoleillés…

Voyage inoubliable dans une folie révélée en plein jour, Midsommar confirme le talent d'Ari Aster à rendre le cinéma d'épouvante exigeant à nouveau. Pas forcément pour tout le monde, il serait toutefois regrettable de ne pas tenter cette expérience drôle, tordue et terrifiante.
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