Matthias & Maxime, la critique

Après sa tentative échouée de s’implanter sur le sol des États-Unis, Ma Vie avec John F. Donovan, un retour aux sources sur le sol québécois semblait être le meilleur moyen pour Xavier Dolan de se réconcilier avec la caméra. Matthias et Maxime, huitième film du cinéaste, brasse les thématiques traitées éternellement dans ses productions. Les problèmes avec les mamans, les tensions sexuelles et les non-dits, tout est là ! Quitte à, malheureusement, laisser penser que le réalisateur de Laurence Anyways n’a plus rien à dire.

On pense suivre dans ce retour aux fondamentaux ce que Xavier Dolan n’a que très peu, voire jamais, filmé à l’écran auparavant : une bande de potes. L’amitié ici, thème déjà abordé dans Les Amours Imaginaires où un homme et une femme meilleures amies voyaient leur relation à rude épreuve, est exposé au départ sur toutes ses coutures. On découvre cette bande d’amis trentenaires d’horizons différents, qui se vannent, s’entre-aident, chantent à tue-tête Amir dans une voiture et chillent au bord du mer. Dis comme ça, on pourrait croire que Dolan ait fait ses Petits Mouchoirs à sa façon. Fort heureusement, il évite les tares du film de Guillaume Canet. Dolan témoigne au départ d’une fraîcheur réjouissante à explorer le spleen de ces adulescents trentenaires déboussolés par la vie d’adulte. Une fraîcheur qui se fane très vite, comme ce que craint l’un de nos deux protagonistes principaux, car Matthias et Maxime fait un retour en arrière dramatique dans l’Oeuvre de Dolan.

Tout le monde fait la tête lors de cette grande fête : Matthias, Maxime, les copains et surtout le public. 

Car comme le personnage qu’il joue à l’écran, Dolan semble ne plus vouloir assumer ses nouvelles expérimentations. Très vite, les copains sont vite abandonnés pour se focaliser sur les deux héros éponymes de cette histoire. Suite à un pari, un couple d’ami se retrouve obligé de s’embrasser devant une caméra pour un tournage de film étudiant. Ainsi après ce baiser caché au public, une tension faite de non-dit et de rejet va contaminer la bonne humeur. C’est sous un regard plus misérabiliste que Dolan va traîner son histoire interminable et ses répétitions. Les scènes avec Anne Dorval, assez violentes et ramenant encore aux Mommy issues du cinéaste, nous font soupirer par un côté défouloir agaçant. Les autres personnages féminins paraissent inexistantes ou exaspérantes au possibles. L’ensemble devient trop chaotique et confus dans son montage pour y déceler un véritable fond, ce qui donne l’impression d’aller à une grande fête sans vraiment apprendre à connaître les invités au final. Tout le monde fait la tête lors de cette grande fête : Matthias, Maxime, les copains et surtout le public. 

Pourquoi un tel sentiment de lassitude ? Parce qu’on aime Xavier Dolan. On admire la fougue de sa jeunesse, bourrée d’impertinence et de gestes personnelles, sa passion pour le cinéma qu’il a su transmettre à un très jeune public (dont on soupçonne qu’il se moque néanmoins avec l’agaçante Ericka, étudiante en cinéma ne communiquant que par anglicisme) et sa volonté de confronter le public à un spectre sexuel plus large en filmant des personnages ouvertement gays, bi ou transgenres. Il apparaissait toujours là où on ne l’attendait pas. Maintenant, on a l’impression que ce talent est devenu un effet de mode passé. On observe la photographie automnale d’André Turpin avec mélancolie, regrettant la folie de cette jeunesse cinématographique perdue aussi vive que ces amis traversant une période incertaine.

Matthias & Maxime nous donne envie de dire adieu à la folie Dolan. On pensait que John F. Donovan était un accident industriel, mais ce nouveau film nous étouffe tant il semble n’avoir plus rien à dire. Malgré une sincérité indéniable, on regrette ce film qui aurait pu être davantage plus fort sur la génération qu’il étudie à l’écran.
2.5
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