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L’interrogatoire bilan de Good Taste Police sur les années 2010

La décennie 2010 s’apprête à s’achever et comme tout blog consacré au cinéma qui se respecte, il est temps de faire le bilan sur une époque folle en mutations. Les membres de Good Taste Police sont donc passés à l’interrogatoire pour raconter comment chacun a vécu cette période et peut-être pour vous donner envie de (re)découvrir des petites perles.

2010’s pour Victor

Frances Ha de Noah Baumbach
  • Ton film préféré de cette décennie ? Frances Ha de Noah Baumbach

Frances Ha n’est pourtant pas un film épique et spectaculaire que beaucoup vont retenir. Cependant, doté d’un mise-en-scène simple et modeste, il s’avère être le film qui compte le plus à mon coeur depuis sa séance le 07 juillet 2013 au Majestic de Lille. Le genre de films qui t’accompagne tout au long de ta vie. Par son histoire, celle d’une artiste new-yorkaise vivant dans sa petite bulle éloignée des réalités socio-économiques mais aussi par cette histoire d’amitié douce-amère qui bouleverse tant elle paraît si juste à l’écran. Et puis, ça a révélé Greta Gerwig à l’écran donc merci beaucoup Frances Ha.

  • La plus grande révélation ? Greta Gerwig

Voilà. Je ne vais pas être objectif parce que je l’adore dans chacun de ses films mais Greta Gerwig est la personnalité ciné à retenir cette année. Hilarante actrice comique du ciné new-yorkais, elle a redynamisé la place des femmes à Hollywood en s’imposant comme une personnalité majeure.

  • Ton année cinéma préférée ? 2013

En 2013, j’ai voyagé dans l’espace aux côtés de Sandra Bullock, j’ai vu un cow-boy et un indien dynamiter un train façon cartoon Tex Avery, j’ai vu des adolescents faire les 400 coups au Spring Break et dans les maisons des stars, j’ai vu Robin Wright se faire numériser dans un scanner géant, j’ai vu une histoire passionnante entre deux fans dans les rues familières de Lille, j’ai vu une danseuse ayant du mal à vivre à New York et de couper le cordon avec sa meilleure amie, j’ai vu une lutte des classes dans un train gigantesque, j’ai vu des robots géants se battre contre des monstres, j’ai vu deux familles japonaises brisés par une erreur hospitalière et j’ai vu DiCaprio en requin de la banque. C’était une année folle non ?

  • Ton souvenir le plus mémorable ? Le Loup de Wall Street, vu à Noël.

Le cinéma a toujours été un cadeau pour moi. Alors quoi de plus fort que de voir un film du grand Martin Scorsese, dopée à l’énergie rock’n’roll, le jour de Noël.

  • Un film que tu as viscéralement détesté ? Vice de Adam McKay

Vice, film sorti cette année qui illustre les pires manies de la décennie 2010. Une vidéo YouTube digne de MacFly et Carlito prenant le public pour un imbécile. Tristesse de voir un génie comique comme Adam McKay tomber aussi bas.

  • Une scène inoubliable ?

Il y a l’intro de Spring Breakers. Un rêve hallucinée dopée au son agressif et vulgaire de Skrillex. Ce qui résume de mieux la pop dans les années 2010 : un paradis perdu, vulgaire, où l’on cherche à y être constamment bien. Un état résumé de manière plus innocente dans le final déchirant de The Florida Project. Le prologue accordé à la fin du monde de Melancholia, opéra désabusé et pourtant si romantique, me restera en tête éternellement.

  • Qu’attends-tu pour les années 2020 ?

La baisse d’influence du streaming, de Marvel, d’un cinéma pensé pour les réseaux sociaux. Le film de Malick sur Jésus. Que Sean Baker devienne une star du cinéma indépendant. Un nouveau film de science-fiction par Kathryn Bigelow. Un film de Jonathan Glazer aussi. Et Avatar 2.


2010’s pour Jade

Cloud Atlas des soeurs Wachowski
  • Ton film préféré de cette décennie ?

J’en ai beaucoup trop. Du coup je vais en dire plusieurs (mais c’est clairement non-exhaustif) : Cloud Atlas, Suspiria, Blade Runner 2049, Ex Machina, Portrait de la jeune fille en feu.

  • La plus grande révélation de cette décennie ?

Lynne Ramsay, Xavier Dolan, Denis Villeneuve – Ben Whishaw, Doona Bae

  • Ton année préférée en terme de cinéma ?

2017 et 2018 Je pourrais pas choisir une seule année mais comme il faut vraiment… j’en choisis deux (oui je suis indécise).Tous les films de ces années que j’ai aimé, je les ai aimé a 1000%. Et même si ma révélation Cloud Atlas n’était pas en 2018, le nombre de films qui m’ont marqué au plus profond de moi et sont instantanément devenus importants pour moi sont dans ces deux années-là.

  • Ton souvenir le plus mémorable ?

J’ai le droit d’en dire 3 ? Allez j’en dis 3 !

1. Ma séance de Cloud Atlas, parce que c’était la première fois que j’ai ressenti et vécu tant de trucs au cinéma que j’avais l’impression de plus être dans moi, dans ma vie. J’ai terminé seule dans la salle, et quand les lumières se sont rallumées j’avais l’impression d’être complètement défoncée, genre sur une autre planète c’était le meilleur sentiment. Et ça a hanté mes pensées pendant des jours et des jours sans cesse.

2. Wonder Woman : comment j’me suis sentie ultra méga trop puissante avant, pendant et après. Et comment quand j’me sens nulle et faible j’y repense et j’me sens forte de nouveau.

3. Portrait de la jeune fille en feu : j’ai ressenti toutes les émotions du monde pendant et, encore pire que la séance de Call Me By Your Name, j’étais en boule sur mon siège en sanglots BRUYANTS à la fin. Comme pour Cloud Atlas un peu, c’était super intense. J’ai ressenti mille trucs à la seconde et j’ai eu l’impression de vivre une vie entière en deux heures et d’être hors de mon corps.

  • Un film que tu as viscéralement détesté ?

La Vie d’Adèle et Ready Player One me viennent directement en tête.

  • Une scène inoubliable ?

Les scènes finales de Call Me By Your Name et Portrait de la jeune fille en feu.

  • Tes attentes pour 2020’s ?

Plus de films de réalisatrices mises en avant.


2010’s pour Alexandre

Brice 3 de James Huth
  • Ton film préféré de cette décennie ?

Difficile de choisir. Chacun des films possède ses propres qualités. Mother! fut un choc émotionnel intense, là où la trilogie de La Planète des Singes fit preuve d’une maîtrise assez dingue sur la durée. En-dehors du Seigneur des Anneaux, aucune trilogie n’est parvenu à offrir un tel niveau de qualité sur ses trois films, façon crescendo. Cloud Atlas, quant à lui, était une véritable anomalie dans le système hollywoodien, un blockbuster dense, magnifique, foutraque, maladroit, sincère. En quelque sorte, le film de tous les superlatifs.

Brice 3, c’est pour une autre raison : je n’ai jamais autant ri dans une salle de ciné qu’avec les deux loustics que sont Victor et Amaury. Une séance mémorable !

  • La plus grande révélation de cette décennie ? Alex Garland

Impossible de citer quelqu’un d’autre qu’Alex Garland. Auteur de Dredd, de Ex Machina et surtout de Annihilation, ce réalisateur-scénariste manie la SF que j’aime comme personne. Capable de donner dans la série B ultra-violente comme dans le huis-clos parano, il est en plus scénariste de jeux vidéo. C’est en 2019 que j’ai découvert qu’il était derrière le scénario de plusieurs jeux de Ninja Theory, mon studio de coeur, dont l’incroyable Enslaved. Il y a des signes qui ne trompent pas !

  • Ton année préférée en terme de cinéma ? 2013 / 2016
  • Ton souvenir le plus mémorable ? Brice 3 de James Huth

Je ne saurais pas vous expliquer comment ni pourquoi Brice 3 m’a fait autant rire. Était-ce le demi-litre de Karmeliet que je venais d’ingurgiter ? La formidable introduction du film sur fond de Surfin Bird ? L’effet de groupe ? Aucune idée. Mais elle restera à jamais gravée dans ma mémoire.

  • Un film que tu as viscéralement détesté ? Emoji Movie

Je ne peux que vous rediriger vers ma critique de Emoji Movie. Ce film EST UNE MERDE. Je n’ai rien d’autre à ajouter.

  • Une scène inoubliable ?

Autant choisir un film en particulier est simple, mais une scène ? Sur toutes les pépites sorties depuis 2010 ? Impossible. Je pourrais citer la scène du bébé dans Mother!, le dialogue dans le téléphérique de Zootopie, le piano dans Spring Breakers, le rituel dans The Strangers, le final de J’ai rencontré le diable, l’ours dans Annihilation, TOUT Spider-Man New Generation, l’intro de La Planète des Singes : Suprématie, la rencontre entre Max et Furiosa dans Fury Road, etc.

Je ne peux pas choisir.

  • Tes attentes pour 2020’s ?

Il y a d’autres choses à attendre des années 2020 que le retour de James Cameron derrière la caméra avec les suites d’Avatar ? Parce que c’est bien gentil Marvel, les Worlds of DC et les Fast and Furious à rallonge, mais il n’y a qu’un seul mec qui peut faire évoluer les blockbusters dans la bonne direction à l’heure actuelle et ça fait bien trop longtemps qu’on l’attend.

Bon, il y a aussi Matrix 4. Ca fait déjà 4 ans que Jupiter Ascending est sorti, les soeurs Wachowski me manquent terriblement. REVENEZ !


2010’s pour Charlotte

Carol de Tood Haynes
  • Ton film préféré de cette décennie ? Carol de Todd Haynes

Cate Blanchett et Rooney Mara qui vivent un amour interdit dans le New-York des années 50 en période de Noël, finalement, ai-je jamais espéré voir autre chose sur grand écran ?

  • La plus grande révélation de cette décennie ?

Virginie Efira et Rooney Mara !

  • Ton année préférée en terme de cinéma ?

Puisqu’il faut choisir… 2018 fut une année incroyable pour le cinéma français notamment, avec Un amour impossible de Catherine Corsini, fresque romanesque et sous-estimée de la vie d’une femme et de sa fille, Amanda, qui sublime Paris comme jamais, ou encore Jusqu’à la garde, grosse gifle sur les violences conjugales (et Nos Batailles chez nos amis belges).

  • Ton souvenir le plus mémorable ?

Pour tout ce que ça symbolisait, et parce que je l’ai vu en présence de mes amis de l’époque qui partageaient ce ressenti avec moi, je n’ai pas oublié ma séance de la deuxième partie des Reliques de la Mort.

  • Un film que tu as viscéralement détesté ?

Nymphomaniac Volume 2 de Lars Von Trier (2013). Je m’étais laissée avoir par le presque-optimisme et le lyrisme de la fin du 1er volet, mais le deuxième était abject, misogyne et a signé mon refus définitif de continuer à voir des films de ce réalisateur, je ne vais pas au cinéma pour me rendre malade.

  • Une scène inoubliable ?

La scène de fin de Jusqu’à la garde de Xavier Legrand, j’ai eu le souffle coupé et j’étais vissée à mon fauteuil, les larmes aux yeux. La scène du chant des femmes autour du feu dans Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma est également une de celles qui m’ont profondément marquée.

  • Tes attentes pour 2020’s ?

Comme Amaury, je veux de nouveau David Fincher derrière la caméra pour un film. Comme Victor, je veux un film de Malick sur Jésus. Je veux personnellement la comédie musicale de Léos Carax. Et surtout, comme Jade, toujours plus de femmes dans les métiers du cinéma, plus de femmes récompensées et reconnues pour leur travail.


2010’s pour Amaury

The Tree of Life de Terrence Malick
  • Ton film préféré de cette décennie ? The Tree of Life de Terrence Malick

Le récit d’un homme qui se remémore des souvenirs d’enfance, mêlé à la grande histoire du cosmos et de l’humanité. C’est tout simplement mon film préféré, l’oeuvre-somme de Terrence Malick, où son cinéma commence à se radicaliser vers une forme plus fluide, une narration davantage éclatée. C’est d’un culot inimaginable, d’une beauté transcendante… Et c’est à ce jour la proposition artistique la plus folle et la plus moderne que j’ai vu, tant elle montre l’étendue des possibilités de montage et d’écriture poétique que permet le cinéma.

  • La plus grande révélation de cette décennie ?

Deux québécois ! À commencer par Xavier Dolan, qui a traversé la décennie en ne cessant de maturer, avec pour ma part des longs-métrages de qualité quasi-croissante. Aujourd’hui le cinéaste est devenu une véritable rock-star. Chacun de ses projets crée énormément d’attente et de débats, comme en ont témoigné ses venues à Lille pour défendre son travail lors d’avant-premières. Autre ascension tout aussi fulgurante : celle de Denis Villeneuve, auteur initialement indépendant qui a su s’installer en plein coeur du système hollywoodien, tout en conservant un maximum de liberté. Monter par exemple un projet comme Blade Runner 2049, blockbuster de presque trois heures entièrement vouées à une quête métaphysique et contemplative, c’est tout simplement de la folie. Chapeau !

  • Ton année préférée en terme de cinéma ? 2013

Cette année, alors lycéen qui se rêvait étudiant en cinéma, j’avais l’impression que tous les réalisateurs du monde étaient au sommet de leur art : Harmony Korine revenait des ténèbres avec Spring Breakers, les Wachowski réinventaient leur cinéma avec Cloud Atlas, Kechiche remportait la palme d’or avec La Vie d’Adèle, Tarantino s’apprêtait à gagner un Oscar avec Django Unchained, tandis que Cuarón allait en gagner quatre fois plus avec Gravity… Que de films transcendants (sans compter Alabama Monroe, Prisoners ou encore Her), dont certains font aujourd’hui partie de mon panthéon cinématographique.

  • Ton souvenir le plus mémorable ? The House That Jack Built, suivi de Climax à l’Étrange Festival en 2018

L’an dernier, Victor et moi-même représentions Good Taste Police à l’Étrange festival, à Paris. Le réalisateur d’Irréversible, Gaspar Noé, y était de passage pour animer la projection du nouveau Lars Von Trier, The House That Jack Built, suivie d’une présentation de son propre film, Climax. Soirée mi-infernale, mi-idyllique en perspective, dans la mesure où je déteste autant Lars que j’idolâtre Noé. Je suis effectivement passé par toutes les émotions cette nuit là, avec l’impression d’avoir vu un des longs-métrages les plus abscons de l’univers, puis d’avoir été reboosté à l’adrénaline et au voguing grâce à Noé, que j’ai eu l’occasion de féliciter personnellement juste après la séance. L’émotion du cinéaste, touché par l’accueil chaleureux du public ce soir-là, reste un très beau souvenir.

  • Un film que tu as viscéralement détesté ? The Last Face de Sean Penn

Comment dire… Dans le genre nanar de compétition, ce film dépasse tout entendement. Au point de se demander comment un projet pareil a-t-il pu être financé, produit, monté et même présenté en sélection officielle à Cannes ! Et surtout, on se demande comment Sean Penn a osé ouvrir son long-métrage avec une phrase aussi abjecte que : « Pour les occidentaux, la violence de la guerre en Afrique n’est comparable qu’à la brutalité d’un amour impossible entre un homme… Et une femme ».

  • Une scène inoubliable ? La séquence d’ouverture de Drive

La maestria de ce quart d’heure introductif de Drive forme pour moi un idéal absolu de perfection cinématographique. Tout relève d’une mécanique superbement huilée : le professionnalisme du chauffeur, le braquage, le chassé-croisé avec la police, le coup de théâtre dans le parking, le cadrage de l’intérieur de la voiture, la gestion de la lumière, le cliquetis d’horloge et le traitement de différents éléments sonores avec la musique… Nicolas Winding Refn instaure non seulement une tension, mais il présente également tout l’enjeu dramatique et métaphorique du personnage : sa voiture est-elle un refuge, ou une prison ?

  • Tes attentes pour 2020’s ?

Puisqu’on ne l’y a pas revu depuis Gone Girl en 2014, j’attends un retour de David Fincher, non pas sur Netflix, mais au cinéma ! Mais plus généralement, je me souhaite plein de découvertes et de coups de coeur pour la décennie à venir… Même si à mon avis, dans ma cinéphilie future, rien n’égalera ces fameuses années 2010 qui, mine de rien, furent également celles du lycée et de la fac, soit disant la période la plus marquante d’une vie selon nos amis les vieux. Qui sait, le temps me donnera peut-être tord !

Hipster passionné

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GTP soutient PULSE au NIKON FILM FESTIVAL
Court-métrage réalisé par Thomas Barbenson et Morgane Faulkner