Les Eblouis, la critique

Souvent aperçu en second plan dans les succès de la comédie sociale française, notamment chez Louis-Julien Petit et Agnès Jaoui, Sarah Suco passe derrière la caméra et signe un portrait glaçant des dérives sectaires dont elle a été victime pendant son enfance. Un film choc, nécessaire mais qui conserve malgré tout une part de lumière si singulière.

Camille, enfant âgé de 12 ans, voit soudainement sa vie quotidienne et son rêve d’intégrer le monde du cirque réduits à néant quand ses parents rejoignent un centre communautaire catholique. Un centre inoffensif en apparence, porteur de valeurs tels que la solidarité, mais qui confronte très vite l’héroïne à des dérives sectaires particulièrement violents. Des dérives notamment menés par un sacrement de la culpabilisation, guidé par la voix faussement bienveillante du Berger joué par un Jean-Pierre Darrousin terrifiant. Les Eblouis fait parti de ces films de société qui savent mettre en alerte et en scène des dérives dont il faut prendre conscience.

Le point de vue abordé dans Les Eblouis est implacable à la lecture du film. Focalisé uniquement sur le regard d’un enfant pris au piège d’un système liberticide, sans oublier les autres acteurs tout aussi important de cette histoire, la modestie de la mise-en-scène permet de faire prendre conscience au spectateur de cette horreur. Minutieux, il présente avec une force monstrueuse comment on peut se retrouver embrigadé pour de bon. Le combat de Camille (interprété par la formidable Céleste Brunqnell) sera d’abord de retrouver sa liberté et ensuite, comme ce que fait Sarah Suco, d’éclairer le public face à ces dérives. Le résultat est réussi, on se mange ce cauchemar de plein fouet. Un mauvais rêve éveillé qui, à hauteur de son héroïne forte, est teinté d’une photographie en clair-obscure faisant ressortir aussi des instants heureux, rendant l’issue plus lumineuse.

Pour son premier film, Sarah Suco signe un film fort émotionnellement et pourtant d'une modestie inégalable. Mené par des comédiens épatants à contre-emploi, on a parlé de Darroussin mais n'oublions pas Camille Cottin, ce film est un choc dont il est dur de se relever.
3.5
Engagé
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