Twentieth Century Fox

Le Mans 66, la critique

En décidant de raconter l’histoire de Carroll Shelby et Ken Miles, la charge critique est à peine voilée par James Mangold. Au final, l’industrie automobile agit de la même manière que celle cinématographique, et le cinéaste le clame haut et fort dans ce film revigorant retraçant l’année 1966 des 24h du Mans. Du grand spectacle aussi intime qu’épique.

C’est ce que l’on pourrait appeler un hacking de la part de la 20th Century Fox. Ce n’est un secret pour personne : depuis 2017, la société a été rachetée par Disney. Probablement pour éviter d’être battue à plate couture par l’empire Netflix et garder sa puissance, la compagnie Mickey Mouse engloutit tout sur son passage quitte à polir l’image de nombreuses oeuvres non-conformes à leur politique familiale. Une attitude qui mène à des clashs cinématographiques comme les prises de becs entre Martin Scorsese et Marvel Studios. C’est donc en même temps que la plateforme de streaming Disney + débarque en Amérique, que sort au cinéma Le Mans 66, clamé par son réalisateur comme une défense de l’intégrité artistique.

La première bataille du film se pose là : conserver l’authenticité dans un environnement sclérosé par le marketing.

Sous des airs de film spectaculaire sur une page historique de l’automobile se cache en réalité une parabole cinglante de la situation actuelle de la compagnie. C’est simple : Ken Miles, pilote de course, et Carroll Shelby, ancien vainqueur du Mans devenu ingénieur automobile, sont rachetés par l’industrie Ford désireuse de grandir son empire pour contrer celui de Ferrari. L’enjeu : battre la firme ennemi lors des 24 heures du Mans. Le hic ? Les deux figures sont des têtes brûlées. Le pilote d’automobile aura même du mal à trouver sa place à cause de son attitude trop authentique selon un cadre obsédé par le marketing. La première bataille du film se pose là : conserver l’authenticité dans un environnement sclérosé par le marketing. Pendant deux heures et demi, un hymne à l’artisanat se déroule. Mangold rend hommage aux mécaniciens et artistes des quatre roues tout le long, en captant précisément la dangerosité du métier. La relation entre Ken Miles et son fils, jeune homme aussi admiratif que craintif de son paternel, contribue à l’humanité touchante de cette histoire que le réalisateur veut tant retranscrire. Et si à la fin la lutte artisanale se révèle pas aussi simple que ça, la tribune accordée à la profession est revigorante. En transformant ces métiers comme un véritable art, il élève la passion de la création vers des sommets. Sur le papier comme sur la forme, on assiste à du grand cinéma hollywoodien.

De son appel à la résistance pour la création, Mangold tient à la lettre sa démarche et fait du pur cinéma. D’un classicisme à en faire rougir Clint Eastwood, il raconte un point majeur de l’industrie américaine en entremêlant simplicité narrative des enjeux (construire une voiture pour battre Ferrari) et une intimité des personnages qui, devenue si proche du public, rend cette histoire si grande, si épique. Les phases de tests et les scènes de courses sont époustouflantes et livrent un grand spectacle empli de suspens (et cela, même si on connaît déjà l’issue). On doit aussi cela à son casting rempli de gueules de “monsieur tout le monde” si fortes à l’écran : Christian Bale cabotine mais participe à la singularité de son héros tandis que Matt Damon est excellent dans le rôle de Shelby, texan abîmé mais tout en retenue. Les excellents Tracy Letts et Jon Bernthal complètent la course.

Le Mans 66 fait ressurgir un cinéma à l’ancienne, sans nostalgie, qui s’avère admiratif. Après avoir ausculté les légendes du cinéma d’action (Copland avec Stallone, Night and Day avec Tom Cruise) et du comic-book (Wolverine, à deux reprises), James Mangold poursuit ses études de mythes avec un biopic qui ne manque pas de vitesse. Une production aussi libre dans une industrie uniforme, on en voit peu de nos jours et ça fait du bien d’en retrouver !
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Authentique
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critique dumbo
Dumbo (2019), critique