La Vie Scolaire, la critique

Le premier film de Grand Corps Malade et Mehdi Idir, Patients, était une des belles surprises de l’année 2017 au cinéma. Drôle sans être caricatural, touchant sans être dans le pathos, il a rencontré un important succès public et critique, grâce à une véritable qualité d’écriture et des comédiens irréprochables. La Vie Scolaire, film choral sur un an de la vie d’un collège de Seine-Saint-Denis, et qui prend comme fil rouge le personnage d’une jeune CPE nouvellement mutée, était donc très attendu en cette rentrée 2019, et s’avère divertissant, mais ne mérite malheureusement pas autant d’éloges.

Le principal défaut du film réside dans le scénario qui s’avère très prévisible, même pour le renversement final de situation. Si les comédiens sont eux très convaincants, Zita Hanrot en tête dans le rôle de Samia, ils n’ont malheureusement que des personnages inaboutis à défendre, auxquels on peine à s’attacher, car à vouloir enchaîner les différents portraits, leurs situations personnelles ne sont jamais suffisamment développées.

Manquer ainsi de nuance sur une profession sans cesse critiquée et dévaluée est regrettable.

Antoine Reinartz joue lui le rôle d’un professeur d’Histoire qui, à se plaindre sans cesse, se résume à une charge contre la communauté enseignante, là où Soufiane Guerrab serait à l’inverse le modèle à suivre : il est le professeur de Mathématiques charmant qui ne perd pas son calme, qui cadre les élèves et parvient à les faire travailler chaque heure tout en se permettant de l’humour avec eux. Cela ne va jamais plus loin. Manquer ainsi de nuance sur une profession sans cesse critiquée et dévaluée est regrettable. La fameuse Vie Scolaire est par ailleurs quasi-inexistante en dehors de Samia : Moussa Mansaly joue « le grand frère » et Alban Ivanov « le glandeur » sans sortir de leurs étiquettes.

La Vie scolaire : Photo Alban Ivanov, Moussa Mansaly, Zita Hanrot
Moussa Mansaly, Alban Ivanov et Zita Hanrot

Là où Patients parvenait à véritablement toucher les spectateurs, l’émotion semble ici souvent forcée à grand renfort de musique entre deux scènes à visée comique, qui elles parviennent parfois à très bien fonctionner pour quelques instants, comme le laissait espérer le premier trailer où un élève se plaint dans une diatribe hilarante et à la limite du compréhensible d’avoir été injustement renvoyé de cours. C’est là que la structure du film montre ses limites.

Les rires de la salle attestent que ce film pourra rencontrer un succès populaire. Il part d’un postulat simple, sur lequel la mise en scène insiste sans finesse, mais avec de bonnes intentions : Dans l’Éducation Nationale, tout le monde est dans le même bateau. Il a le mérite de vouloir montrer une réalité sociale, comme cet élève qui vole à la cantine pour nourrir sa famille, et de s’interroger sur les limites et les difficultés de notre système scolaire, mais sans apporter une véritable réflexion derrière. Sans révéler la fin, il est même possible d’y voir un certain fatalisme qui est compréhensible mais ne s’accorde pas véritablement avec le reste.
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Décevant
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