La Belle Époque, la critique

De nos jours en France, une start-up offre à une clientèle aisée la possibilité de vivre un événement du passé. Ce concept proche de la science-fiction nous vient de la deuxième réalisation de Nicolas Bedos. Après Monsieur et Madame Adelman, celui qui a définitivement fait du cinéma son art décide de raconter l’histoire passionnelle d’un client de cette start-up. Et si les artifices écrasent lourdement le cœur de cette histoire, il y a dans La Belle Époque une ambition louable de son auteur de faire du grand cinéma populaire français !

Dès les premières minutes, et même dès Monsieur et Madame Adelman, il n’y a aucun doute : Nicolas Bedos est quelqu’un qui crie son amour pour la technique au cinéma. Les travellings pètent de partout, le montage défile les scènes avec une fluidité ahurissante, la musique s’impose aux images, chaque seconde hurle septième art dans ce croisement entre romance et science-fiction. Le réalisateur, enrichi de références au cinéma du passé, s’acharne à signer un grand mélodrame et c’est tout à son honneur. La Belle Époque, nom du bar où se réfugie un Daniel Auteuil nostalgique, pourrait être le nom de la bulle cinéphile de son auteur tant il montre un amour pour les trucages et artifices du cinéma. Toutefois, à force de trop crier, on risque de devenir sourd à la fin.

Si le cinéaste hurle son amour du cinéma, il braille à tout va ses ressorts scénaristiques. La première demi-heure en est un exemple flagrant : on découvre Victor (Daniel Auteuil) jouant un vieillard désabusé par son époque et son entourage qui accepte les changements technologiques sans broncher. Son agacement va mener à de nombreux dialogues montrant le personnage s’en plaindre face à une Fanny Ardent paraissant irrécupérable à force de contredire son mari. Une critique bienvenue mais qui est rendue irrecevable par son réalisateur à force de nous la lancer au visage. Et dire que ça crie ne relève pas d’une formule toute prête pour la critique, les personnages ne font littéralement qu’hurler devant la caméra. Le pire étant Guillaume Canet, alter-ego antipathique du cinéaste, qui ne cesse jamais de s’en prendre à son équipe. Tout cela mène au final à un brouhaha qui peine à tirer quelque chose de son récit initial. Le parcours de son personnage principal, au final convenu dans sa morale, finit par se faire écraser par le dispositif instauré par Bedos.

Il serait vain de cracher du venin sur les maladresses de ce long-métrage. Il y a un tel investissement technique venant de Bedos qu'il serait dommage d'enfoncer son film. Après tout, l'amour des comédiens et de la caméra est assez forte pour succomber au charme de ce visionnage. Maintenant, il faut espérer qu'à l'avenir, Bedos continue sa passion pour la technique tout en allégeant son écriture.
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Ambitieux
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