Knives and Skin, la critique

Quand une lycéenne disparaît soudainement, c’est toute une banlieue américaine qui va voir son quotidien bousculé par de profonds secrets remontant à la surface. Clamant un amour référentiel sans faille à David Lynch et d’autres figures surréalistes du cinéma indépendant américain, Jennifer Reeder oublie de raconter une histoire dans ce teen-movie banal cachant son vide derrière une posture « Woke ».

Le nom de Carolyn Harper, héroïne fantomatique de ce film, rime automatiquement avec celui de Laura Palmer, victime martyr se prenant les coups des vices de Twin Peaks. Knives and Skin rappelle dès les premières minutes le cauchemar imaginé par David Lynch. La mère rappelle la détresse de Grace Zabriskie dans son regard face à la disparition de sa fille. Celle-ci, abandonnée violemment au milieu de nulle part par le sportif populaire du lycée pour ne pas avoir consenti à un acte sexuel. Ces cinq premières minutes, en paraissant comme quinze, font apparaître clairement les enjeux très limités du film : un postulat féministe bienvenu (discours contemporain sur la notion de consentement) et une esthétique constituée uniquement d’emprunts référentiels.

Knives and Skin a autant de pertinence qu’un Ok, Boomer qu’on place quand on est en manque d’arguments.

Malheureusement, à force de citer abondamment et de multiplier les sous-intrigues de façon décousue, la posture politique manque véritablement du tranchant pour convaincre. Knives and Skin a autant de pertinence qu’un Ok, Boomer qu’on place quand on est en manque d’arguments. Plutôt que de se planter au coeur du mal-être 2.0 des adolescents, comme l’a fait avec plus de panache et de de mordant Sam Levinson avec Assassination Nation et Euphoria, le film ne cesse de se bloquer dans sa posture Tumblr Woke en oubliant de faire exister les personnages qu’il souhaite représenter à l’écran. Ce n’est pas faute d’avoir essayé pourtant tant le film entre-ouvre des pistes intéressantes. Comme chez une réalisatrice comme Sofia Coppola, en moins bourgeois peut-être, l’envie de voguer vers un ailleurs chez ces jeunes outcasts fragilisés par des parents dépassés par leurs névroses aurait mérité un approfondissement. Au lieu de ça, le film se complaît éternellement dans ses références. On se souvient de la folie de Fire Walk With Me, de l’impertinence pop de Gregg Arakki ou bien du spleen de David Robert Mitchell. Est-ce qu’on se souviendra de Knives and Skin ? Pas sûr…

Trop superficiel dans sa démarche politique et esthétique pour toucher en plein coeur, Knives and Skin ne parvient pas à convaincre tant il refuse d’explorer plus loin que son postulat de départ. Poseur et antipathique, on se demande si nous ne sommes pas plutôt devant une parodie de cinéma indépendant américain.
1
Poseur
Plus d'articles
The Guilty (Gustav Möller, 2018), la couverture
The Guilty (Gustav Möller, 2018) : la critique