Noémie Merlant Jumbo
Copyright Caroline Fauvet

Jumbo : Tournez manège

C’est une drôle de curiosité qui nous provient de Belgique ! Avec son premier long-métrage, la réalisatrice Zoé Wittock refuse de mettre la créativité du cinéma francophone en panne. Jumbo, film-attraction qui fait le tour du monde comme un manège, confronte la comédienne Noémie Merlant (vue dans Portrait de la jeune fille en feu) à un sujet rarement vu à l’écran : l’objectophilie.

Pitcher ce scénario à des amis, à un public, peut être une rude épreuve. Les premières réactions sont communes à celle de l’entourage du personnage principal : “Hein ?” ; “Comment ?” ; “Mais c’est quoi ce truc ?”. Évidemment, si l’on vous propose de voir un film sur une jeune femme tombant amoureuse d’un manège de foire, il y a de fortes chances que vous voyiez flou. Pourtant, Zoé Wittock a bien compris ce raisonnement et va vous proposer un autre regard. Elle-même interloquée face à l’histoire vraie de Erika Eiffel, jeune femme connue pour avoir épousé la Tour Eiffel, elle a su qu’elle tenait une puissante histoire sur le regard face à l’étrangeté.

La mise en scène sublime d’ailleurs cela par des envolées symboliques, empruntant au ballet musical de Rencontres du troisième type à la sauce teen.

Les traits de Jumbo peuvent paraître grossiers, peu subtils pour un sou. Il n’est pas tant question ici d’une réflexion sur une relation “inanimée” entre une personne et un objet, le véritable sujet que la cinéaste interroge est notre propre regard face à ce qui se déroule devant nos yeux. Jeanne, héroïne du film, ne se prend pas la tête. Elle ne souhaite pas chercher des explications à cet amour pour une attraction, elle l’aime et c’est comme ça. La mise en scène sublime d’ailleurs cela par des envolées symboliques, empruntant au ballet musical de Rencontres du troisième type à la sauce teen. Maintenant, c’est à ceux qui regardent grandir cet amour d’accepter ce qui se déroule devant nos yeux.

La mère, son nouvel amant, son patron, ses collègues. Le récit navigue entre ces regards, qui n’hésitent pas à s’opposer frontalement à cette union, pour prendre une tournure plus inattendue qu’à l’accoutumée. En effet, sans en révéler davantage, Jumbo évite les écueils de ce genre de films. Préférant épargner à l’héroïne de nombreuses phases d’humiliations, Zoé Wittock opte avec brio pour une tournure plus feel-good qu’à l’accoutumée. Ode à l’amour sous toutes ses formes, son histoire réussit à nous apporter du baume au coeur par la bienveillance qu’elle véhicule.

Un premier film étonnant et doux
Moins ésotérique qu’il n’y paraît, plus positif que plombant, Jumbo est une œuvre polyvalente qui cueille les attentes du spectateur pour mieux les casser ensuite. Un joli premier long-métrage qui n’a clairement pas peur d’exprimer avec force et émotion un propos plus que nécessaire.
3.5

Bande-annonce :

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