John Wick, la voie du Croque-mitaine

Bryan Mills, profil : ancien agent des Forces Spéciales habitué à voir sa famille enlevée par des criminels Russes, Serbes, peu importe tant que c’est moche, méchant et que ça trafique des putes.

Frank Martin, profil : ancien agent des Forces Spéciales reconverti, touché par la Uberisation de la société et uniquement voué à faire des trajets express pour des personnes crapuleuses.

Ces deux exemples ne sont qu’une infime goutte d’eau dans un vaste océan de purin. Il faut dire qu’être un film d’action en mode « one man army » après 2000, c’est pas toujours facile facile ! Quand un film comme le Transporteur ou Taken fait un carton, on est vite tentés de le copier. Partant de ce constat, des dizaines de réalisateurs se sont engouffrés dans cette petite brèche pour mettre au monde leurs petits clones. Ils y sont tous passés, avec moins ou encore moins de réussite.

Etait-ce une spirale en fin ? Etions-nous condamnés à subir encore et encore les mêmes ersatz Europiens de films machés, crachés, remachés avec des acteurs soit trop affamés pour sélectionner leurs rôles, soit trop endettés pour…sélectionner leurs rôles aussi ?

Non. Fort heureusement, non. Déjà parce que le film d’action ne se résume pas au Taken-like. Et deuxio parce que John Wick est sorti.

Du scénario post-it…

John Wick avait tout du projet un peu casse-gueule. Première réalisation de deux anciens coordinateurs de cascade pour les Wachowski, le film mettait en scène un Keanu Reeves vénère, bien déterminé à casser du Russe après avoir vu son chien abattu par quelques-unes de ces pourritures communistes. Mettons-nous d’accord tout de suite : ça ne vendait pas du rêve. Tout juste pouvait-on espérer une série B un peu débile mais jouissive, sans grand génie, juste bonne à refaire parler de l’acteur pendant quelques temps.

Ça aurait été le cas si John Wick n’avait été qu’une copie de Bryan Mills, c’est-à-dire un mec un peu lambda contraint par la force des choses d’utiliser ses capacités supérieures à la moyenne pour sauver la veuve et l’orphelin. Mais ce n’est pas le cas ! John Wick n’est pas n’importe qui. John Wick est un tueur. Mieux, John Wick est LE tueur. Je n’insiste pas sur l’article pour rien puisque c’est cet aspect du personnage qui va permettre à Keanu Reeves d’élever son personnage au-dessus de la masse informe des agents spéciaux interchangeables.

…à la légende

Passons sur la mise en scène, la photographie et les chorégraphies ultra-classes pour nous concentrer sur la plus grande réussite du film : John Wick himself.

That « fucking nobody »…is John Wick.

Au début du film, le spectateur ne sait pas qui est John Wick. On découvre juste son background amoureux de manière très rapide, en enchaînant le décès de sa femme, l’adoption de son chien et quelques dérapages sur une piste de décollage. Suite à quoi il se fait attaquer par une bande de russes énervés qui voulaient sa caisse et pour le punir tuent son chien (qui était un cadeau de sa femme). Bref, il y a de quoi péter des gueules, non ?

Cependant, là où n’importe quel personnage central aurait à peine chatouillé la curiosité de l’antagoniste du film, John Wick sait faire parler de lui. A vrai dire, il n’a même pas besoin de le faire de lui-même, sa réputation le fait à sa place. Parce que vous voyez, John Wick est une légende dans le milieu des tueurs, un mythe, un pilier, une fondation. Tout le monde sait qui il est, même la police, et personne ne veut se frotter à lui. Quand John Wick peut te tuer, mais ne te tue pas, tu le remercies. C’est comme ça, et pas autrement.

Cette dimension presque mythologique du personnage donne lieu à quelques situations particulièrement drôles ou purement jouissives. Les deux réalisateurs parviennent à édifier le personnage de John Wick en icône, juste à travers ce qu’on dit de lui et certains plans. Sans ces cadrages et les « on-dit », John Wick n’est qu’un retraité avec un chien et des cheveux un peu gras. Mais avec, il devient un personnage charismatique et badass à souhait.

D’ailleurs, la scène finale achève de nous convaincre de la toute-puissance du personnage, sous un orage et une pluie battante renvoyant directement à la confrontation décisive entre Neo et Smith dans Matrix Revolutions. Chad et David ayant travaillé sur la trilogie Matrix, la boucle est bouclée !

Même si la qualité du montage et des plans, la lisibilité de l’action ou encore la BO électrisante auraient suffit à faire de John Wick un bon film, c’est bel et bien le personnage en lui-même et la prestation de Keanu Reeves qui font de John Wick un indispensable du genre. Oubliez les Taken dégueulasses, les 3 Days to Kill, voire même Europa en général, les valeurs sûres sont à chercher du côté des tueurs retraités avides de vengeance.

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La suite, John Wick 2, sera en salles le 22 février

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