Universal Pictures

Invisible Man : il faut le voir pour la croire

Après Upgrade, Leigh Whannell offre une mise à jour pertinente à un classique de la science-fiction horrifique avec une Elizabeth Moss au sommet.

Malgré la chute prématurée du Dark Universe, l’univers étendu d’Universal Pictures basé sur les figures horrifiques classiques telles Dracula, la créature de Frankenstein ou la Momie, la maison de l’horreur Blumhouse croit encore à l’un de ces monstres. Dans cette ré-imagination moderne du roman du même nom d’H.G. Wells, Invisible Man (ou L’Homme Invisible) de Leigh Whannell suit le personnage de Cécilia (Elizabeth Moss) qui apprend la mort de son ex Adrian (Oliver Jackson-Cohen) après s’être enfuit de leur relation abusive. Mais elle se rend très vite compte que la disparition physique de son agresseur n’est pas synonyme de la fin de ses agressions…

En abandonnant le premier nom attaché au projet, qui était Johnny Depp (assez ironiquement), le film abandonne aussi l’idée de faire de l’homme invisible le protagoniste pour donner la place à un personnage féminin se battant et se débattant contre l’invisibilité des violences psychologiques et physiques. Parce qu’ici l’homme invisible n’est presque plus une personne, mais une idée. Il est le traumatisme qui reste malgré tout. Il est l’abus que seule une personne croit car elle seule peut le ressentir. Il est la présence qui reste même après la fin. De la réalisation au scénario, en passant par la direction artistique, chaque détail sert ce propos. Que ce soit la vue d’une pièce sensiblement vide, ou une mise au point faite sur une fenêtre en arrière plan, l’invisible, mais surtout ce qui est invisibilisé, est partout.

La mise en scène de la relation toxique qu’inflige Adrian, un sociopathe pervers narcissique, à Cécilia, et de la remise en question d’une victime jusqu’à la croire coupable, semble si réelle qu’elle en est étouffante et insupportable.

L’appréhension constante de cette menace, pouvant se manifester dans les plus petits recoins du cadre, n’est d’ailleurs pas sans rappeler quelques grands noms de l’horreur tels Halloween ou The Strangers, deux films qui exploraient déjà à leurs façons la notion de persécution psychologique. Similairement, Invisible Man joue sur ce qu’on voit ou non, ce qu’on entend ou non, mais aussi sur ce qu’on peut laisser voir et laisser entendre ou non. Parce qu’ici la peur passe par l’oppression. Et de l’oppression découle une colère sans fin. La mise en scène de la relation toxique qu’inflige Adrian, un sociopathe pervers narcissique, à Cécilia, et de la remise en question d’une victime jusqu’à la croire coupable, semble si réelle qu’elle en est étouffante et insupportable. A l’instar de ce que ressent Cécilia, tout nous pèse. S’en sortir paraît de plus en plus inaccessible et ça résonne d’autant plus chez les personnes ayant déjà vécu une situation similaire.

Mais malgré l’horreur de cette descente aux enfers, ma peur existentielle de l’invisible et mon rythme cardiaque un peu trop élevé à la vue d’une boîte aux lettres, la terreur n’est pas complètement au rendez-vous. Ce n’est ni la faute d’Elizabeth Moss, exceptionnelle, qui fait passer tout le spectre d’émotions humaines en un seul battement de cil, ni celles d’Aldis Hodge et de Storm Reid, des second rôles attachants qui rendent le tout plus humain. C’est en partie à cause d’une bande originale qui en fait trop avec ses basses qui essaient (j’ai bien dit essaient) de nous faire peur, mais c’est surtout la faute à certains détails qui ne font pas sens. Parce que même s’il traite respectueusement et habilement de l’abus, des violences et de la parole d’une victime, le film n’échappe pas à quelques incohérences scénaristiques et visuelles. La suspension consentie d’incrédulité nous dirait d’aller au-delà pour le bien de l’intrigue ou d’un plan empli de sens mais ce sont ces petits détails qui peuvent casser l’immersion. Dans un film métaphorisant l’invisibilité et devant lequel on cherche du regard, ne serait-ce qu’un trousseau de clés qui pourrait peut-être bouger à un moment donné dans un coin du cadre, il est dommage qu’un élément censé être subtil soit tout son inverse. Cela dit, ce n’est qu’une toute petite ombre à un tableau si inattendu tant il est appréciable par son intelligence, et malgré sa dureté.

Un remake habile et pertinent
S'il fallait délivrer le prix de la meilleure réécriture nécessaire et passionnante, il reviendrait à Invisible Man. Rares sont les reboots, ou remakes, pertinents mais Leigh Whannell et Elizabeth Moss nous prouvent avec subtilité et pesanteur qu'ils sont possibles.
4.5
La caméra stylo à Hollywood : une étude en quatre blockbusters
Un dossier réalisé par Amaury Foucart