il cinema ritrovato
©Il Cinema Ritrovato / Cineteca Bologna

Il Cinema Ritrovato 2019 : Retour vers le passé

En ce début d’été, Victor a pu se détendre sous le soleil de Bologne à l’occasion du festival Il Cinema Ritrovato. Restaurations, légendes du cinéma et pellicules à gogo, retour sur un festival qui fait voyager ses spectateurs dans le temps.

Mais c’est quoi Il Cinema Ritrovato ?

Lancé il y a plus de trente ans par la Cineteca di Bologna, Il Cinema Ritrovato est un festival dédié au cinéma de patrimoine. Pendant la fin du mois de Juin, toutes les salles du centre de Bologne sont réquisitionnées pour replonger à nouveau dans le passé et faire découvrir des perles méconnues du septième art à un large public. C’est un peu le Festival de Cannes de la restauration en quelque sorte !

Jour 1 : Fast and Furious

Pour ce premier jour, on a démarré le Festival à fond la caisse comme disent les jeunes ! Déjà, car le chemin pour aller de Lille jusqu’en Italie a été parcouru grâce à plusieurs moyens de transports : Marche, tramway, bus et avion. Autant vous dire que le voyage a été long… Ensuite, dans le cadre du cycle Sotto la stelle del cinema qui programme des films tous les soirs d’été à la Piazza Maggiore, car on a pu assister à une copie pellicule du cultissime Drive. Le tout présenté par son réalisateur, Nicolas Winding Refn.

Comme à son habitude, celui qui a fait de ses initiales une marque de fabrique n’a pas hésité à imposer un vent de malaise aux spectateurs. Commençant par un concours gênant de questions, demandant uniquement à des femmes de participer, jusqu’à l’annonce du prix pour la meilleure d’entre elles : toucher la main de Refn. On a beaucoup grincé des dents. Mais goûter à la magie de la Piazza, de cette foule regardant un film à la belle étoile, en étant hypnotisé par le charme de Ryan Gosling et la musique de College, ça n’a pas de prix. Cette première soirée fût une mise en bouche prometteuse pour la suite du festival. Mais soudain, ce fût le drame…

Jour 2 : Pluie d’enfer

Un peu de tourisme ne fait pas de mal, la matinée a permis de visiter tranquillement les quartiers situés autour du logement AirBNB. Il a fallu cependant chercher, au cours de l’après-midi, ce précieux sésame nécessaire pour profiter du festival : L’accréditation. C’était sans compter sur la mauvaise localisation indiquée sur Internet et les pluies incessantes de grêles. En attendant, on a pu découvrir que Bologne passait le remake de Chucky sous le titre La Bambola Assasina puis que Jonathan Cohen et Camille Chamoux sont devenus des stars avec la sortie estivale (et plus judicieuse qu’une sortie hexagonale en plein hiver) de Premières Vacances.

Affiche italienne de Premières Vacances

C’est seulement en fin de journée que nous avons pu obtenir nos pass à la Cineteca de Bologne. Une première séance s’est présentée à nous : The Red Lantern de Albert Capellani. Énorme saut dans le temps après les balades nocturnes de Drive, ce mélodrame avec la star du muet Alla Nazimova nous a été narré par la musique d’Antonio Coppola en guise d’accompagnement. Cependant, les ravages du temps sont là et on ne peut que grincer les dents encore une fois lorsque l’on voit certaines caricatures outrancières à l’écran. Mais il n’empêche que nous avions été subjugués par la grandiloquence des effets spéciaux et la force dramatique du film.

Jour 3 : Il était une fois les révolutions du cinéma

Ce dimanche, le soleil est revenu et s’est fait ressentir dans les films présentés ce jour-là. Tout d’abord, Becky Sharp de Rouben Mamoulian et Lowell Sherman. Sorti en 1935, ce film que nous a présenté John Bailey n’est ni plus ni moins qu’une révolution technique en cinéma puisqu’il est le tout premier film tourné intégralement en Technicolor. Les couleurs montrées dans le film sont aussi audacieuses que l’est son personnage principal, prête à tout pour parvenir à vivre dans le luxe. Un vent de révolution est donc apparu et ce jusqu’à la projection du soir à la Piazza Maggiore : Easy Rider. Un autre film révolutionnaire qui a engendré le Nouvel Hollywood. A la belle étoile, on avait l’impression d’être aux côtés de Peter Fonda et Dennis Hopper et de chevaucher les mythiques routes américaines en moto.

Place de la Piazza Maggiore

Jour 4 : A la recherche des perles perdues

Comme dit en ouverture, Il Cinema Ritrovato part avant tout dans la volonté de faire découvrir les vestiges d’un passé cinématographique. Ainsi, si le Festival permet de revisionner des films cultes, il donne surtout l’opportunité de plonger vers des oeuvres et des auteurs méconnus. Ainsi, dans un cadre consacré au cinéma sud-coréen, on a pu découvrir Hyeolmaek en présence de son réalisateur, Kim soo-young. Mais ce n’est pas ce drame social sur fond de guerre de générations qui a suscité l’intérêt. Les découvertes passionnantes furent pour deux réalisateurs : Roger Corman et Youssef Chahine.

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Vincent Price dans Le Masque de la mort rouge

La projection du Masque de la mort rouge fut proche de la perfection pour une projection de soirée. Sorte de Huitième Sceau pop sous acide, la terreur du film de Corman n’a jamais cessé de hanter la salle de l’Arlecchino pendant une heure et demie. Adapté d’une fable macabre d’Edgar Allan Poe, ce film mené par la performance ténébreuse de Vincent Price a su captiver son audience par son esthétique baroque et son nihilisme absolu. Dans un registre plus solaire, et pourtant ce n’était pas gagné avec son pitch de départ, c’est Ciel d’enfer de Youssef Chahine qui a attiré notre attention.

Partant d’une guerre sociale dans un village entre un paysan et un riche propriétaire pour cause de concurrence dans l’industrie de sucre, ce film montre que l’on peut mélanger charge sociale vénère et grand divertissement populaire que l’on suit avec passion. C’est romantique, touchant et divertissant. Mais ce n’est rien face au film de la journée suivante qui a rendu Victor complètement amoureux du cinéma de Chahine.

Jour 5 : Ode aux classiques

Alexandrie Pourquoi ?

Parce que avec Alexandrie Pourquoi ?, on découvre le coeur du cinéma de Chahine. Ce film est un remarquable exercice autobiographique qu’on a pu comparer avec Fellini mais qui nous a surtout fait penser au magnifique Douleur et gloire d’Almodovar, Retraçant la jeunesse du réalisateur en Egypte pendant la Seconde Guerre Mondiale, avec ses débuts de jeune metteur en scène, ce petit bijou présente une aisance presque déconcertante à basculer les tons et de points de vus pour raconter une époque. Difficile de ne pas être sensible face à cette histoire aussi drôle que bouleversante. N’hésitez plus, foncez !

L’autre temps fort de la journée fût la projection au soir du Cameraman de Buster Keaton. On ne va pas revenir sur la classe légendaire du chaotique Keaton, mais il y eut quelque chose de fort émouvant à voir une foule immense contempler un classique du cinéma muet avec en prime l’accompagnement musical d’un orchestre et Thierry Frémaux qui a commenté plusieurs films des frères Lumière en guise d’introduction.

Jour 6 : Coup de chaud

La canicule se fait de plus en plus ressentir dans les cinémas de Bologne. L’absence de clim a rendu pénible la projection de Maigret tend un piège, pourtant présenté sous les mots agréables de Bertrand Tavernier. C’est au soir, en revanche, que la chaleur a rendu fous les spectateurs avec le polar tordu de David Lynch : Blue Velvet.

Kyle MacLachlan dans Blue Velvet

Il suffit d’un Dennis Hopper fou, d’une oreille coupée et des chants d’Isabella Rossellini et Roy Orbinson pour terrifier les spectateurs. Vu sous une copie restaurée en 4K par Criterion et Lynch, cette plongée dans les ténèbres n’a rien perdu de son horreur.

Jour 7 : Hommage à Stanley Donen

Comme dit en ouverture de séance, le festival tenait absolument à réagir au décès de Stanley Donen. Légende du cinéma américain classique, à qui l’on doit les chefs d’oeuvres Chantons sous la pluie et Funny Face entre autres, il a aussi réalisé une perle avec Ingrid Bergman et Cary Grant : Indiscret.

Cary Grant et Ingrid Bergman dans Indiscret

Comédie de moeurs hilarante et très inventive (l’un des plus beaux split-screens du cinéma a été découvert dans ce festival), on jubile devant les tourments de cette histoire d’amour époustouflante. Pour tout vous dire, c’est la seule séance où le public s’est mis à hurler de rire et à applaudir en pleine projection. Une façon magnifique de rendre un dernier hommage au travail d’un grand du cinéma.

Jour 8 : La Dernière Séance, avec monsieur Coppola

Dernière séance au Festival et pas n’importe laquelle : La venue de Francis Ford Coppola pour présenter la copie 4K de son Final Cut d’Apocalypse Now. Un rêve de jeune cinéphile se réalise en voyant devant nos propres yeux l’un des fondateurs du Nouvel Hollywood.

Francis Ford Coppola, à la Piazza Magiore

Réunissant la version cinéma et le Redux, cette nouvelle version va permettre de faire découvrir à une nouvelle génération ce chef d’oeuvre de Coppola. Pour avoir assister à cette projection, dans une foule de 10 000 spectateurs, il peut être assuré que contempler ce classique vous donnera l’impression de voir un film tourné l’année dernière tant la restauration s’avère impeccable. Ces trois heures de folie, tête plongée dans la psyché instable de Martin Sheen, sont les plus mémorables passées à ce festival. Une dernière séance concluant tel un feu d’artifice ce festival.

Modeste dans sa communication mais pourtant enrichissant dans sa programmation, Il Cinema Ritrovato est un paradis pour cinéphiles. Chaque jour, une pépite rare comme une nullité peut être découverte à l’issue d’une projection. Mais la curiosité demandée aux spectateurs ne sera que magnifiquement récompensée. Cette chasse au trésor cinéphile mérite le déplacement et vous permettra, en plus, de découvrir la charmante ville de Bologne.


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