Hors Normes, la critique

Pour leur nouveau film, Eric Toledano et Olivier Nakache haussent le ton : Le sens n’est plus celui de la fête mais de l’entre-aide. Hors Normes, septième long-métrage du duo à succès, est un uppercut. Dénonçant la difficulté que l’Etat montre face à la gestion de personnes autistes, ce drame social mené par Vincent Cassel et Reda Kateb nous a laissé sans voix.

Si on devait attribuer un caractère au cinéma de Toledano et Nakache, ce ne serait pas celui de feel-good qu’on attribue souvent à tort à l’ensemble de leur filmographie. Si les vannes tordantes d’Omar Sy ou Alban Ivanov illuminent leurs histoires, il y a un sentiment palpable qui sait tenir la distance entre la comédie et le drame : l’urgence. Un élément qui a construit l’ensemble de leurs scénarios, celui de la préparation mouvementé d’un mariage par exemple, et qui occupe une place primordiale dans ce film. Orchestré par les pulsations musicales de Grandbrothers, Hors Normes raconte l’histoire de deux associations marginales : l’une s’occupe de personnes atteintes d’autisme lourd, aidés par des jeunes de banlieues recrutés par l’autre structure associative. Le ton est évidemment plus grave que dans leurs précédents films. Cédant moins la place à la comédie, malgré quelques situations cocasses, le long-métrage place ces deux associations dans une course contre la montre ne leur laissant jamais de repos. Peu de temps pour s’entretenir soi-même mais énormément, en revanche, pour accompagner les laissés-pour-comptes à aller au-delà des difficultés. Que ce soit pour une recherche d’emploi, un hébergement ou un spectacle à monter, il y aura toujours Bruno et Malik pour les accompagner.

Hors Normes : Photo

Certaines personnes reprocheront au film une évangélisation excessive des personnages principaux, inspirés d’individus ayant réellement existé. Cependant, face à cette remarque qui commence à apparaître de plus en plus, il faut rappeler que ce que veulent Toledano et Nakache est d’avant tout transmettre leur bienveillance aux spectateurs et cela même avec les moyens les plus excessifs. Moins lacrymal que d’autres de leurs films, ils ne vont pas hésiter à crier en pleine figure la violence d’une telle réalité. Derrière une dualité qu’on pourra croire manichéenne, Toledano et Nakache montrent un quotidien souvent insaisissable et pouvant même devenir dangereux. Difficile d’enlever de la tête une course-poursuite terriblement angoissante autour du périphérique parisien. Bien entendu, il y a quand même un parti que les deux réalisateurs encouragent grâce à un cri d’alerte maintenu tout le long. Un cri principalement communiqué par un impressionnant Vincent Cassel. Lui qu’on avait toujours vu dans des rôles sombres irradie l’écran par un regard toujours empathique. La relation que son personnage entretient avec Joseph, première personne qu’il prendra sous son aile, est bouleversante. Quant à Reda Kateb, tenace et plein de sang-froid, que dire à part qu’il a une prestance magistrale à chacune de ses apparitions.

Mais au-delà de ces deux têtes d’affiches, Hors Normes détonne par son habilité à laisser la parole aux autres acteurs composant cette structure. Les deux réalisateurs observent le milieu hospitalier, le domicile familial des patients ou encore les bénévoles aidant les deux organisations. Souvent pour aller vers le sens de nos deux héros, la narration est entrecoupée de discours réquisitoires de ces acteurs envers deux inspecteurs bureaucratiques, mais aussi pour montrer comment de telles situations peuvent être gérées. Par ce fait, Hors Normes révèle une complexité qui évite de prendre le spectateur trop facilement par les sentiments.

Sortant parfois les gros sabots, on le reconnaîtra, Hors Normes porte bien son titre. Drame social populaire par excellence, il réussit à faire passer son message d’utilité publique en toute simplicité. Car Toledano et Nakache ont signé un film d’une bienveillance exquise, pouvant facilement donner envie à son public d’aider autrui. Vertueux et humain, définitivement l’un de leurs joyaux dans une filmographie déjà remplie de réussites.
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Nécessaire
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