High Life, un film de Claire Denis : notre critique
©Wild Bunch Distribution

High Life (2018), la critique

Corps et hypnose en apesanteur

Affiche de High Life, un film de Claire Denis : notre critique
Release Date
7 novembre 2018
Réalisatrice
Claire Denis
Casting
Robert Pattinson, Juliette Binoche, Mia Goth
Distributeur
Wild Bunch Distribution
Budget
8 millions €
Our Score
4

Huit criminels passés de condamnés à mort à cobayes se voient chargés d’une mission-suicide au-délà du système solaire : emmagasiner l’énergie d’un trou noir, puis la ramener sur Terre avant l’extinction de notre espèce. Ce pitch de science fiction n’est pas celui du dernier blockbuster hollywoodien en date, mais bel et bien celui d’un film d’auteur européen, signé Claire Denis. Assurément à contre-pied du genre, High Life est une proposition atmosphérique, hypnotisante et charnelle sur la solitude spatiale.

Disons-le sans aucune honte : High Life est un long-métrage très français dans sa facture. Partant d’une production assez modeste, pour ne pas dire complètement cheap, la réalisatrice de Trouble Every Day évacue le spectaculaire et les conventions du genre S.F. pour mieux en soulever les grands questionnements métaphysiques (condition humaine, distorsions temporelles, vertige de l’infini…). Instaurant une ambiance froide et languissante, la cinéaste préfère employer l’ellipse et les non-dits plutôt que de céder à la narration. Bref, le film prend certes son temps, mais en réussissant l’exploit ne jamais perdre ses spectateurs.

Outre la plastique avantageuse du meilleur acteur de sa génération, à savoir Robert Pattinson, ce paradoxe s’explique tout d’abord par le tranquille climat d’angoisse qu’instaure le manque d’informations en début de récit. On s’interroge sans cesse sur ce qui est arrivé ou sur ce qui va arriver : Qui sont ces personnes ? Quels crimes ont-ils commis ? Pourquoi les a-t-on envoyés à l’autre bout de l’univers, dans un vaisseau qui ressemble à un vieux sèche-linge rouillé ? Pourquoi le personnage joué par Juliette Binoche s’évertue à recueillir le sperme de tous ses compagnons masculins ? Est-ce pour préserver une humanité en risque d’extinction ? Existe-t-il encore une population terrestre à l’heure où se déroule le récit ? N’est-il pas déjà trop tard ? Toutes ces incertitudes, non résolues à la fin pour la plupart, troublent autant que la temporalité du scénario, non-linéaire et très étendue, comme perdue dans un trou noir.

Malgré la solitude et le désenchantement quasi-suicidaire qui plane au-dessus de l’équipage, High Life s’avère également très incarné, au sens le plus corporel. C’est un film de chair et de fluides, où le sperme, la cyprine, la sueur, le sang, la pisse et le lait maternel se répandent abondamment, au point d’en être recyclé en eau potable par Binoche, qui nous offre au passage la meilleure prouesse formelle du mois : une épatante séquence de jouissance impliquant un godemichet. Ça peut paraître étrange dit comme ça, mais oui, la scène est d’une virtuosité cinématographique proche de l’hypnose. Notre moment favori reste cependant beaucoup plus prude : l’interaction émouvante et portée par la grâce entre Robert Pattinson et un bébé en introduction.

Assumant sa radicalité et sa modestie d’auteure cérébrale, Claire Denis arrive donc à surpasser le manque de moyens financiers pour livrer une oeuvre artistiquement cohérente et ambitieuse dans les thèmes qu’elle aborde, à mi-chemin entre Alien 3 et Solaris. On en ressort hanté par certains plans bien dérangeants et d’autres visions absolument fascinantes.
4

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