Her Smell, la critique

La vie d’une star du grunge en cinq dates décisives pour sa carrière. Inspiré par les figures du Riot Girl, le cinéaste Alex Ross Perry laisse la performance habitée d’Elisabeth Moss en improvisation pour Her Smell, un rise and fall inversé électrique.

On préfère vous prévenir tout de suite, chers lecteurs. Her Smell est un film qu’il faut accepter de vivre. Nous sommes ici proches de l’expérience sensorielle. La première séquence suivant une ouverture musicale endiablée donne le ton : Le backstage comme lieu d’action, la caméra ne cessera jamais de tournoyer autour de l’électron libre Becky Something. Un personnage à mi-chemin entre Courtney Love et Kathleen Hannah qu’Alex Ross Perry rend immédiatement mal-aimable à l’écran par grand coups de jurons, d’irresponsabilité et d’égocentrisme. Si Ross Perry prend le milieu du grunge comme élément de contexte à l’histoire, comme en témoigne les nombreux groupes et pochettes inventés pour le film, il implante le genre du thriller psychologique comme son très Polanskien Queen of Earth (avec aussi Elisabeth Moss). Aidé par la performance hors-du-commun de la comédienne star, il est impossible de décrire qui est véritablement cette héroïne. Le trouble distillé tout le long, par le comportement imprévisible du personnage, nous interroge sur qui elle est véritablement.

Ce sera la question que se posera le réalisateur tout le long de son film. Plutôt que de surfer sur la vague du film-choc sur l’industrie pop, on laissera ça à Bradly Corbet et son toujours inédit en France Vox Lux, le film se tourne vers un portrait psychologique. Becky Something s’appelle en réalité Rebecca et s’auto-détruit tout simplement par manque de confiance. Her Smell est donc un Fall and Rise, un portrait qui commence par la chute pour se diriger vers la rédemption. Au fil du film, les séquences deviennent moins bruyantes, plus douces avec toujours des moments de grâce comme ce long plan fixe où l’anti-héroïne reprend magnifiquement Heaven de Bryan Adams au piano. Il faut d’ailleurs applaudir la technique du film pour retransmettre ce portrait et nos émotions à l’écran. La photographie de Sean Price Williams (opérant déjà pour les frères Safdie) et la musique de Keegan DeWitt jouent ensemble pour installer un trouble permanent. Les plans envahis par les couleurs néons s’ajustent aux notes inquiétantes du compositeur.

Envoûtant, Alex Ross Perry a signé l'un des films les plus mémorables de cette année. Porté par une Elisabeth Moss hallucinante, ce portrait intime au sein du grunge nous émeut autant qu'il nous inquiète. Distribué dans trop peu de salles en France, nous pouvons que vous conseiller de foncer voir cette merveille du cinéma indépendant américain.
4.5
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