Gemini Man, la critique

C’est l’histoire de Will Smith devant affronter son clone rajeuni. Un pitch pareil donne l’impression d’être sorti tout droit de l’époque folle des productions 90’s ou alors du final de Hitman : Agent 47 pour les rares qui s’en souviennent. D’ailleurs, ce Gemini Man est une pure production signée Jerry Bruckheimer. Ce projet, traînant à Hollywood dès la fin des années 90, s’est enfin concrétisé grâce à Ang Lee. Et si ce scénario semble vraiment appartenir à une époque passée, c’est par la patte visionnaire du réalisateur de L’Odyssée de Pi que Gemini Man est devenu une véritable révolution technique du cinéma.

Le prince du Bel-HFR

L’avenir du cinéma selon Ang Lee, c’est le spectacle filmé en 120 images par seconde. Déjà expérimenté par le passé dans Un jour dans la vie de Billy Lynn, le cinéaste veut vous plonger directement au cœur de l’action avec son précieux High Frame Rate. L’intérêt d’un tel processus ? Celui de rendre ce spectacle peu avare en effets spéciaux le plus réaliste possible et ainsi invisibiliser ses artifices pour y croire réellement. Aidé d’un travail vertigineux sur le relief, quelque chose d’aussi commun à un blockbuster qu’une explosion obtient un effet saisissant de réalisme et ne devient plus aussi banalisé qu’elle l’était autrefois. L’expérience est à voir impérativement sous ce format souhaité par le réalisateur. Croyez-nous, le terme grand spectacle trouve un nouveau sens avec cette super-production. Ainsi, vous serez forcés de croire à ce phénomène improbable de voir deux Will Smith à l’écran. L’artifice fort visible dans la bande-annonce et pouvant rebuter facilement, disparaît par le pouvoir des techniques cinématographiques élevé par une modernité saisissante. Non mécontent d’avoir en main une technique impressionnante, le réalisateur ne va pas se priver pour offrir au public du jamais-vu à l’écrans dont une scène de course-poursuite en moto grandiloquente dans les rues de Carthagène. Maintenant, on peut s’interroger quant à l’avenir d’une telle technologie. En deux longs-métrages, Ang Lee a prouvé qu’elle pouvait être utilisée pour un drame intimiste ou un film d’action spectaculaire. Peut-être qu’un certain James Cameron l’utilisera pour son Avatar 2 mais en attendant qu’il soit démocratisé dans les cinémas, Ang Lee offre des magnifiques démos-techniques, divertissantes et visuellement riches, pour mettre en valeur ces images rendues hors normes malgré un scénario profondément daté.

Will Smith et Mary Elisabeth Winstead

I, Clone

La force de Gemini Man n’est définitivement pas tirée de son histoire rocambolesque. On ne le répétera plus mais la forme visuelle du film élève vers le haut cette fable futuriste se prenant beaucoup trop au sérieux pour émouvoir. Peu aidé par des dialogues qu’on pourrait qualifier de niais, car il faut voir un Will Smith cinquantenaire faisant son auto-thérapie face à un clone machine à tuer mais pourtant simplet, l’écriture du film renvoie définitivement à tous ces films complotistes/dystopiques d’espionnages que Bruckheimer pouvait produire auparavant. La petite vibe nostalgique est amusante mais il aurait fallu plus d’attachement pour s’allier parfaitement au spectaculaire jubilatoire des scènes d’actions filmées par Ang Lee. Ce n’est seulement lorsque le film fait abstraction de son histoire, se permet les fulgurances les plus dingues possibles, que l’on retient vraiment son souffle. L’apparition soudaine d’un ersatz du Seigneur Humungus de Mad Max 2 est un sursaut d’action inattendu et saisissant durant un climax qui s’éternise au scénario à grand coup de twists foireux et de dialogues longuets par Clive Owen sur le traumatisme de la guerre. Des bribes de thématiques apparaissent mais auraient mérité approfondissement comme le fait de découvrir sa jeunesse passée ressurgir et y faire face ou bien le traumatisme des soldats et des familles. Mais peu importe au final que le scénario soit si faiblard puisque le but premier de Gemini Man était de faire du cinéma en élevant ses capacités. Et en cela, le contrat est amplement réussi.

Epoustouflant
On excuse donc les faiblesses scénaristiques de ce GEMINI MAN, Ang Lee sidère par son envie d'emmener le cinéma au plus haut et nous offre les scènes d'actions les plus spectaculaires que vous pourrez voir cette année sur vos écrans.
3.5
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