[FCSF #1] Ibiza, ou Christian Clavier contre le monde

Cet été, Good Taste Police vous emmène au FCSF ! Non, ce n’est pas le fan-club de Sébastien Folin où l’on revisionne en boucle les meilleurs moments de Vidéo Gag, ni la French Convention de Science-Fiction, loin de là, on vous emmène au French Comedy Summer Festival tout le long de ces vacances dans le but de vous faire découvrir la sélection de comédies françaises que la saison nous offre. Et pour inaugurer cette sélection, c’est le roi de la comédie droitiste par excellence Christian Clavier, en pleine crise générationnelle, qui nous offre un voyage à Ibiza.

On l’avait quitté en vaillant défenseur du patrimoine français dans Qu’est-ce qu’on a encore fait au bon Dieu ?, ainsi que devant la caméra caustique de Blier pour Convoi Exceptionnel, c’est en podologue lillois hystérique que l’on retrouve Christian Clavier. Comme tout film récent qui se réalise avec le comédien, Ibiza doit créer un conflit entre l’acteur et un sujet précis. Qu’a choisi Arnaud Lemort, scénariste et réalisateur, pour faire avancer son film ? Le politiquement correct ? Déjà fait, plusieurs fois même ! Mais de ce thème va permettre un aboutissement pour Ibiza. Qui est Christian Clavier au final ? C’est un peu notre Clint Eastwood à nous en fin de compte. Ses films sont moins prestigieux que ceux du vieux Clint mais la figure Clavier continue d’apparaître sur nos écrans, de cinéma et de télévision, face à un monde qui ne comprend plus ses vannes douteuses et surjouées. C’est alors là que va se nouer l’affrontement de ce film : Christian Clavier face à la génération des Millenials.

… on est peut-être devant l’adaptation cinématographique des Chti’s à Ibiza.

Pour fêter l’obtention de son bac, Julien se voit offrir un voyage familial à Ibiza par l’initiative de son futur beau-père, joué par Christian Clavier donc. Une famille de lillois débarquant sur l’île fêtarde, on ne peut que ricaner en se disant qu’on est peut-être devant l’adaptation cinématographique des Chti’s à Ibiza. Et cette vanne idiote que vous vous ferez sera peut-être la seule chose qui vous fera rire innocemment dans la salle. Car le reste des gags repose sur ce conflit de génération, étudiant le dialogue impossible au départ entre deux générations qui ne se comprennent pas. Dit comme ça, le film a l’air profond sociologiquement mais en réalité, c’est du niveau Pascal Praud donc zéro. Ainsi le jeune Julien écoute Damso (ok, ça tend une perche vers des vannes douteuses quand on a écouté le fameux morceau de l’album Lithopédion) alors que le vaillant Clavier préfère le refrain légendaire de Still loving you des Scorpions. Autre exemple : Notre Cricri national s’en va essayer un hoverboard mais n’est pas Marty McFly qui veut. Le point d’orgue, concluant en plein milieu du film cet affrontement générationnel, est une scène invraisemblable où sous l’effet de substances illicites, Christian Clavier ambiance une foule déchaînée en chantant du Joan Jett.

Cette image vous angoisse ? Imaginez la scène au cinéma…

Le conflit est résolu, le patriarche s’est montré cool auprès des jeunes et ainsi le film se termine. Ou pas… Car le drame de Ibiza est que pour un film de vacances, il ne parvient jamais à se reposer. Une fois l’étape de la réconciliation familiale passée, retour à la bataille contre le politiquement incorrect. Clavier, véritable boule de nerfs prête à exploser son jeu cabotin, s’en va affronter d’autres ennemis : Les bobos. Là, c’est un véritable doigt d’honneur aux discours de Greta Thunberg auquel on assiste pendant la dernière partie du film. Le couple Clavier/Seigner rencontre un couple d’écologistes dépeint comme arrogants, idiots et dont leurs enfants sont montrés imbuvables pour le seul crime de ne pas aimer Walking Dead et Nekfeu. Tout ce jeu de massacre inutile, rajouté en express afin de faire un film d’1h30, pour conclure sur un jet d’excréments à l’encontre des écologistes et une scène de fuite à bord d’un Hummer bien polluant. On soupçonne même le réalisateur d’en vouloir au cinéma d’auteur au profit du vrai cinéma populaire, en citant bêtement le fabuleux Rayon Vert d’Eric Rohmer.

Ce French Summer Comedy Festival commence de manière explosive. L'hystérie de Christian Clavier, accompagnée de Mathilde Saigner et Joey Starr, permet à Ibiza de vomir ses discours réactionnaires par un humour grossier. Un plaisir nanardesque peut toutefois apparaître, en suivant les gesticulations outrancières du comédien, mais Ibiza nous donne envie de reprendre immédiatement l'avion et de partir vers un autre film.Au programme de la prochaine journée du FCSF : Un bulletin de notes à faire signer !
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Aigri
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