Etrange x GTP : The Lighthouse, la critique

Les marins d’eau douce de Good Taste Police ont navigué de Lille à Paris pour découvrir le nouveau long-métrage de Robert Eggers lors de L’étrange Festival. On remercie le festival de nous avoir fait voir The Lighthouse, qui raconte une dégringolade vers la folie d’un gardien de phare et son jeune assistant, joués par Willem Dafoe et Robert Pattinson. La précédente oeuvre du réalisateur, The Witch, avait lourdement divisé Victor et Amaury à l’époque. Pourtant, les deux rédacteurs semblent d’accord sur toute la ligne concernant ce second long-métrage. Shooté en pellicule au format 1:33, cet impressionnant film d’horreur manque peut-être de finalité, mais va très vite vous donner le mal de mer pour votre plus grand plaisir, vous allez voir.

Pour cet exercice de style, Eggers a décidé de relever un nouveau challenge : Celui de replonger dans l’horreur expressionniste des années 20. Cela commence par des traits évidents : Le noir et blanc normé de cette époque et le format 1:33 qui étouffe ces deux marins d’eaux douces. Des effets de style que la société A24 n’a pas hésité à exhiber dans sa campagne promotionnelle pour attirer les plus curieux des cinéphiles (dont nous). Il n’empêche que le résultat est redoutablement efficace.

Beuveries, plaisirs solitaires et chants agressifs de marins ivres, tout un programme que nous offre Eggers ici.

The Lighthouse vous donnera l’impression de suffoquer sous l’eau pendant une heure et cinquante minutes. L’action du récit est située sur une île rocheuse uniquement dotée d’un phare et d’une maison délabrée entourée par la brume. Aucun échappatoire ne semble possible pour Willem Dafoe, jouant un vieux loup de mer gardien de phare rustre et tyrannique, ainsi que pour le mystérieux assistant campé par un Robert Pattinson, terrifiant par sa folie. Par conséquent, le film enferme ses personnages et le spectateur compris dans une errance infernale vers la solitude : Beuveries, plaisirs solitaires et chants agressifs de marins ivres, tout un programme que nous offre Eggers ici. Une remarquable expérience chaotique et antipathique, inoubliable aussi mais dont on cherche hélas à y percer le sens.

On se souvient que The Witch, précédent long-métrage du réalisateur, entamait cette même descente vers la folie dans un but émancipateur et féministe. A l’instar de Midsommar, autre film d’horreur sorti par A24 cette année, l’horreur devenait un élément libérateur pour l’héroïne principale. Il y a un message clair derrière une mise-en-scène sophistiquée privilégiant une ambiance froide et oppressante. Si des thématiques comme la culpabilité ou la solitude apparaissent, The Lighthouse préfère miser sur la création d’un train-fantôme arty aidée par les tirades enivrés et magistrales de Dafoe et des hallucinations causées par Pattinson. Un spectacle excellent, mais dont cherche une finalité après la projection.

The Lighthouse est un moment de cinéma comme on en voit très peu à l’écran. Evitez de tomber dans la frustration en recherchant un réel fond et laissez vous embarquer dans cette aventure horrifique en compagnie de deux de nos meilleurs comédiens contemporains. Sortez vos bouteilles d’absinthe et préparez vos chants de marins, ce voyage vous marquera par son jusqu’au boutisme parfois grotesque (allant même à inclure un côté pétomane au personnage de Dafoe). On ne sait pas ce que ce film veut nous dire mais on est sûrs d’une chose : Robert Eggers a prouvé en deux oeuvres qu’il était une valeur sûr du cinéma d’horreur.
3.5
Fou
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