Et puis nous danserons, la critique

Peut-on rester dans une culture tout en la transgressant ? Pour son premier film, le réalisateur Levan Akin se pose cette question en revenant à ses origines géorgiennes. Aux apparences d’un récit d’initiation convenu, Et puis nous danserons devient éclatant lorsqu’il s’agit de bousculer les normes. Observateur d’une jeunesse capturée par le conservatisme de son pays, ce film ne manque pourtant pas de désinvolture. Une belle découverte.

Si on raconte à quelqu’un le scénario de Et puis nous danserons, il y a de fortes chances qu’il ne soit pas surpris par l’intrigue au départ. On pense à Moonlight ou à Call Me By Your Name dans ce qui aurait pu s’enclencher comme un parcours véritablement doloriste. Fort heureusement, Levan Akin déjoue cette appréhension et expose une personnalité pleine de conviction et de lucidité à l’écran.

Réalisateur suédois d’origine géorgienne, le réalisateur revient sur ses terres pour ausculter la manière dont la jeunesse du 21ème siècle vit encore sous la culture conservatrice de ce pays. Le parcours de Merab, personnage principal tiraillé entre culture traditionnelle et son homosexualité naissante, illustre cette dualité éprouvée par toute une partie de la jeunesse géorgienne. Artistiquement, Akin montre ça par le biais de la danse qui va occuper la place centrale de cette histoire. Merab descend d’une lignée de danseurs pratiquant la danse géorgienne avec tradition et rigueur. Une tradition qui s’évertue à se montrer dans le monde entier comme en témoigne les images d’archives ouvrant le film. Aspiré à être dans cette lignée, sa gestuelle et ses performances semblent ne pas être du goût de son professeur. Ce microcosme danseur est une représentation à peine voilée de la société géorgienne figée dans ses valeurs et refusant le progrès. L’ascension douloureuse de Merab lui fera subir de violents moments de rejets. Mais c’est à travers sa propre appropriation de la danse, que l’on verra dans plusieurs séquences à base de musiques pop et une conclusion laissant sans voix, que le moteur scénaristique du film tire sa singularité.

Il tire aussi sa singularité par la décision d’engager des acteurs non-professionnels. Une décision casse-gueule mais qui fonctionne ici par sa cohérence à filmer la jeunesse géorgienne dans ce qu’elle est fondamentalement. Les jeux paraissent automatiquement naturels et aident à rendre la narration passionnément vivante. Levan Gelbakhiani est une révélation, à l’interprétation toute en nuance.

Par la grâce de ses séquences de danse, par le réalisme de la jeunesse qu'il montre à l'écran, "Et puis nous danserons" surprend et captive par sa vivacité montrée à l'écran. Levan Akin signe un film sur et pour la jeunesse, il signe un somptueux récit d'initiation déjouant les clichés appréhendées au début.
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