Ema : Chorégraphie de la jeune fille en feu

Entre Jackie Kennedy et Lady Di, le cinéaste Pablo Larrain retourne dans son pays natal pour raconter à nouveau les zones d’ombres et de lumières de la marginalité chilienne. Avec Ema, le réalisateur signe un drame enflammé sur l’amour maternel. Étincelant.

Habituellement, les personnages que filment Pablo Larrain sont amenés à cacher ce qu’ils peuvent être réellement pour continuer d’avancer dans leurs vies. Dans Jackie, le poids du rôle de la Première Dame des États-Unis impactait le coeur de Jackie Kennedy (entre intimité et vie médiatique). Il en allait de même pour les personnages, plus antipathiques cette fois-ci, de El Club où des prêtres isolés avaient peur de voir leurs démons dévoilés aux yeux de tous. Ici, pas le temps pour ça selon Ema.

Le mal est déjà fait. L’issue d’un problème familial l’a fait paraître comme une paria aux yeux de la société chilienne. Abandonné par les services sociaux, méprisé par son compagnon louche (un chorégraphe joué par Gael Garcia Bernal), elle n’a qu’une chose pour se libérer : danser le Reggeaton avec ses amies. Cette liberté, symbolisée par un goût à la pyromanie, devient l’arme qui va faire reprendre en main la vie de notre héroïne. Et cela quitte à être plongé dans une dérangeante ambivalence.

Car si Ema fait preuve d’une désinvolture flamboyante, où chaque élément de la réalisation ne tourne qu’autour du monde de son héroïne (sublime travail photographique des soins de Sergio Armstrong), il n’est pas moins cruel pour autant. Le moindre coup reçu fait mal, Ema n’hésitant pas à aller jusqu’au bout d’un plan pour retrouver son enfant. Néanmoins, plutôt que de ne retenir que cet aspect-là, l’insolence dont fait preuve ce personnage fait ressurgir une véritable lutte anti-conformiste face aux regards cinglants qui l’affrontent tout du long. À travers cette histoire, Pablo Larrain continue d’explorer les dualités qui s’imposent dans la société. Il arrive toujours à nous surprendre par des innovations formelles éblouissantes et un regard tourné vers d’autres sujets. Notamment par l’évocation de la sororité, qui peut rappeler le remake controversé de Suspiria par Luca Guadagnino. Certains trouveront le film poseur pour sa mise-en-scène clinquante, d’autres comme ici diront qu’elle correspond à la jeunesse marginale que le réalisateur révèle à l’écran. Une nouvelle preuve de ce qui fait la grande force de Pablo Larrain : s’amuser à déconstruire nos attentes, quitte à déranger.

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Un dossier réalisé par Amaury Foucart