Corinne Masiero, Denis Podalydès et Blanche Gardin dans "Effacer l'historique"
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Effacer l’historique : une satire ravageuse sur les Gafas

La dixième réalisation du duo formé par Gustave Kervern et Benoît Delépine tombe bien ! En embarquant Blanche Gardin, Corinne Masiero et Denis Podalydès dans un monde saturé par les données numériques, ils font de Effacer l’historique une charge punk pleine de tendresse qui règle ses comptes avec les Gafas et la start-up nation. De la comédie française remplie de rage et de bienveillance qui risque de faire beaucoup de bien !

En début d’année, le cinéma français avait déjà tenté de dépeindre le monde numérique où nous vivons actuellement. On pense à deux films :Selfie et #JeSuisLà, qui ont d’ailleurs comme autre point commun avec Effacer l’historique d’avoir Blanche Gardin en tête d’affiche. Malheureusement, ces deux productions ont échoué à capter avec pertinence cette nouvelle époque en raison d’un traitement grossier ressemblant à des traits d’humeurs/caricatures qu’un oncle éloigné pourrait poster sur ta timeline Facebook. Dans la poursuite de ces deux tentatives ratées, on pouvait craindre que Kervern et Delépine tombent aussi dans ce que l’on pourrait appeler la comédie de boomers. Une crainte vite disparue, une fois le film lancé. En effet, Effacer l’historique ne tombe pas dans la critique pure et dure. Nous ne sommes pas devant Sorry We Missed You, pour citer un drame social qui s’attaque frontalement à ce sujet. Le véritable sujet de Effacer l’historique est le même que celui que les deux sales gosses au coeur tendre racontent depuis plusieurs années : le parcours d’individus qui se cherchent dans un monde qu’ils essaient tant bien que mal de comprendre.

Les deux amis cinéastes ne sont pas dupes face à l’issue du combat qui se prépare mais néanmoins, ils ont la meilleure arme possible pour contrer ce poids lourd : l’humour.

Leur précédent film laissait déjà présager la tournure contemporaine qu’a dorénavant pris leur filmographie. Après nous avoir fait rire d’un Jean Dujardin obsédé par le modèle de la start-up nation dans I feel good, les deux cinéastes racontent avec tendresse l’histoire de trois amis, ex-Gilets Jaunes, qui subissent de plein fouet le chaos issu à la fois du numérique et du néo-libéralisme. Il y a Marie (Blanche Gardin), chômeuse divorcée victime de chantage sur fond revenge porn ; Bertrand, père de famille surendetté dont la fille subit un harcèlement suite à une vidéo l’humiliant sur Facebook et Christine, chauffeuse VTC peinant à faire carrière suite à la notation et accro au binge-watching. Bien que l’anarchisme soit monnaie courante dans leurs œuvres, la résonance avec l’actualité s’avère saisissante à ce stade. Filmés de très près, comme si les gros plans illustraient une pression de plus en plus écrasante, ces trois héros ravagés par la solitude vont décider de ne pas se laisser faire face aux Gafas. Sans tomber dans une facilité manichéenne, le film nous bouleverse en montrant ces Don Quichotte de la vie ordinaire souhaitant s’attaquer à plus fort qu’eux. Les deux amis cinéastes ne sont pas dupes face à l’issue du combat qui se prépare mais néanmoins, ils ont la meilleure arme possible pour contrer ce poids lourd : l’humour.

Toujours avec l’approche absurde qui constitue leur patte, ils offrent des situations à la fois drôles et terrifiantes sur une nouvelle ère. Un exemple : un livreur Amazon de 35 ans joué par Benoît Poelvoorde (première vanne) se trouve soudainement pris de terreurs et de larmes lorsque Blanche Gardin renverse maladroitement du café sur l’accusé de réception, par crainte de se faire licencier pour s’être arrêté deux minutes. On rit jaune devant l’importante part de vérité qui relève de ces gags. Mais face à l’angoisse provoquée par les situations dépeintes, vaut mieux pour des cinéastes de lutter en en rigolant plutôt que de s’apitoyer en restant apathique.

Corinne Masiero, Denis Podalydès et Blanche Gardin dans "Effacer l'historique"
Une comédie tendre et ravageuse
Effacer l’historique réussit enfin le pari de la comédie française à s’amuser des mutations technologiques tout en éveillant les consciences des spectateurs sur ce sujet. Véritable voyage punk dans la France dépassée par ces transformations, on se balade tendrement en compagnie d’un trio irrésistible. Et si le combat contre les Gafas n’est pas forcément gagné, la force de ce film vient du surgissement d'une humanité drôle et bouleversante.
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