Dora et la Cite perdue, la critique

Il y avait de quoi ricaner à l’annonce d’un film live-action adapté des aventures de Dora l’exploratrice. Initialement prévu avec Michael Bay à la production, ce projet invraisemblable cessait jamais de titiller notre curiosité. Surtout avec des annonces hallucinantes comme Danny Trejo doublant le singe Babouche. Maintenant, nous sommes en août et ce projet sort enfin sur nos écrans. Verdict ? Et bien comme dirait l’héroïne : « C’est gagné ! C’est gagné ! C’est gagné, yeah ! ».

Au départ, tout cela ressemblait à une blague. Le genre de blague absurde digne d’un sketch de College Humor. A vrai dire, il y a même eu une fausse bande-annonce mettant en scène la comédienne de Modern Family, Ariel Winter. Mais un film Dora a bien été produit et réussit l’exploit de déjouer nos attentes les plus farfelues. Le générique d’ouverture du film, recopiant à l’identique celui du cartoon éducatif avec des images de synthèses kitschs à souhait, annonce qu’il sera question du passage d’un monde à un autre. Ainsi, on peut dire adieu au sac-à-dos et à la carte qui chantent avec fierté. Comme ses spectateurs, Dora a grandi et n’a rien perdu de son imaginaire optimiste et aventureux. Le film prend donc la direction d’un teen-movie familial, transportant l’Exploratrice dans un monde qu’elle ne connaît guère : Le lycée américain.

On ne va pas hésiter à le dire : Voir Dora écouter un conseil avisé sur l’adolescence de la part de son singe Babouche atomise l’intégralité du travail de John Hughes dans le genre du teen-movie.

On comprend ce qui a intéressé Nicholas Stoller, auteur comique plein d’amour pour les misfits, à imaginer cette histoire avec Dora. Le film jongle avec malice entre la tendresse et le malaise par l’opposition flagrante entre la personnalité excentrique de l’aventurière et la banalité du lycée et ses codes de popularité, et cela de la manière la plus claire possible. Les gags s’inventent tout seul comme par exemple l’arrivée de l’héroïne à son établissement scolaire, effrayant la sécurité en sortant de son célèbre sac-à-dos une multitude d’outils de survie. On pourrait d’abord voir une simple confrontation caustique entre un monde animé et un autre bien réel. Un peu comme Eddie Vaillant qui débarque à Toonville dans Qui veut la peau de Roger Rabbit ? . Mais ce ne serait que réduire le film à une simple parodie et ne pas y voir l’hommage touchant fait au dessin animée, appuyant un message bienveillant sur la jeunesse et les amitiés qu’elle peut engendrer. On ne va pas hésiter à le dire : Voir Dora écouter un conseil avisé sur l’adolescence de la part de son singe Babouche atomise l’intégralité du travail de John Hughes dans le genre du teen-movie.

Dora et la Cité perdue : Photo Eugenio Derbez, Isabela Moner, Jeffrey Wahlberg, Madeleine Madden, Nicholas Coombe

Car du teen-movie au film d’aventure, rappelant par ailleurs le reboot de Jumanji réalisé par Jake Kasdan, le film montre qu’il n’y a qu’un pas à franchir. On reste dans les codes classiques du genre destiné à un public familial mais la plume de Nicholas Stoller et Matthew Robinson, ainsi que la caméra de James Robin parviennent à subvertir ces clichés pour honorer le dessin animé et unir ses personnages principaux. Face à des situations extrêmes, l’héroïne et son singe Babouche auront toujours une solution et cela, même si elle est absurde. On ne vole pas haut dans l’humour, souvent slapstick et parfois à base de flatulences, mais découvrir avec surprise l’exploratrice chanter une chanson pour faire ses besoins est amusant. Tout cela pour un message touchant sur le fait d’être soi-même. Car au final, nous sommes bien devant un film Dora l’exploratrice et le réalisateur ne l’oublie jamais.

Dora et la Cité perdue : Photo
Chipeur le renard, doublé par l’acteur oscarisé Benicio Del Toro

Mais si Dora semble si sincère, c’est aussi par la confiance accordée par ses comédiens. Ils y mettent tous du cœur pour rendre cette aventure crédible. Surtout l’interprète principale, Isabela Moner. Vue dans l’excellent Apprentis Parents en mars dernier, l’actrice crève l’écran par son interprétation intrépide de ce personnage culte. On est automatiquement du côté de son personnage par sa gentillesse venue d’un tout autre monde. Déjà présente dans Sicario : La Guerre des Cartels, elle y retrouve par ailleurs Benicio Del Toro, avec de la fourrure cette fois puisqu’il joue le célèbre Chipeur le Renard, oui, oui. Eva Longoria et Michael Pena rejoignent aussi la fête en jouant les parents aventuriers de Dora.

Déjouant les normes du fan-service, "Dora et la Cité perdue" réussit l'exploit d'être un hommage touchant au dessin animée et un film d'aventure calibré pour plaire aux familles. On en ressort le sourire aux lèvres, l'envie de partir à l'aventure pour chanter des chansons sur notre carte de voyage.
3.5
C'est gagné !
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