Divorce Club : Séparation, mode d’emploi

Après Tout Simplement Noir la semaine dernière, la comédie française populaire réapparaît à nouveau sous un jour rayonnant avec la nouvelle réalisation de Michaël Youn, Divorce Club. Personnel et ambitieux, cette romcom déglinguée séduit fortement par sa volonté persistante de faire rire le public.

Ce qui est admirable avec un auteur comique comme Michaël Youn dans le paysage français, c’est qu’il fait parti des rares à avoir compris comment intégrer de nouvelles formes de comédie dans un secteur sclérosé par les productions formatées pour la télévision. Une chose des plus surprenantes pour quelqu’un ayant démarré, avec succès, dans ce monde-là. Biberonné aux productions internationales, l’auteur-comédien a digéré sa cinéphilie comique pour proposer des comédies ambitieuses et souvent hilarantes. Plutôt que de parler de plagiat, parlons plutôt de réappropriations de références pour les rendre plus locales aux spectateurs. Fatal parvenait à démarrer comme un ersatz de Zoolander dans le monde musical de Paris pour finir sur une hilarante quête d’identité. Les 11 Commandements captait l’attitude casse-cou de la bande à Johnny Knoxville dans Jackass et Vive la France, clairement son oeuvre la plus faible, rendait hommage à Sacha Baron Cohen et ses multiples alter-egos déjantés. Toutes ces références, cet amour pour l’impertinence, Youn la repense pour une seule chose : s’amuser, et avec talent.

Divorce Club poursuit cette lancée. D’une inspiration profondément personnelle, le réalisateur-comédien ayant vécu une séparation, ce film emprunte les codes de la romcom à l’américaine (à savoir, celles popularisées par Judd Apatow avec En cloque : mode d’emploi) pour raconter de façon délirante l’acceptation du divorce par des hommes et des femmes. En personnage leader, Arnaud Ducret incarne l’essence du film. Beau gosse, propre sur lui au départ, il finit par se dérégler en lâchant complètement prise face à l’ampleur des situations. Cette générosité dans le jeu d’acteur va de pair avec la réalisation. Soignée, elle va à l’essentiel pour livrer un gag à la seconde et toujours de façon surprenante. Un lémurien, une Ferrari, un sex-toy, le moindre objet sert à un gag.

En cela, Youn livre une déclaration d’amour aux comédies sophistiquées à la Apatow. Ces personnages déjantés, parfois trop, vivent avec excès et font un voyage mémorable pour essayer de redescendre les pieds sur Terre. D’une durée étonnamment longue pour une comédie française, le film frôlant les deux heures, il prend sagement son temps pour brusquer et aimer ces personnages d’une seconde à l’autre. Même chose envers le public, qu’il trouvera immédiatement pour un probable joli succès estival.

Le seul bémol, que l’on pourrait toutefois ajouter, est qu’à force de se montrer généreux dans les gags excessifs, Divorce Club peut retomber par moments dans les outrances oppressives que l’on peut retrouver dans la comédie populaire de ces dernières années. L’humour basé sur l’humiliation trouve vite ses limites et on peut très facilement grincer des dents en entendant plusieurs insultes et moqueries. Néanmoins, il ne faut pas tomber dans la polémique pour autant. On sait qu’avant tout, Michaël Youn part de la volonté d’amuser son public avec tendresse et cela, il le réussit avec un panache impressionnant.

Une comédie soignée et déjantée !
Chronique délirante faite avec une sincérité admirable, Divorce Club réussit à allier potacherie et intelligence. La vanne de trop peut toujours apparaître à plusieurs moments, mais ce ne serait pas rendre justice au film que de ne s’appuyer que sur cela. On espère que le film trouvera très rapidement son public, en cette période un peu plus compliqué que le cinéma, car la maîtrise de l’humour et de la caméra fait plaisir à voir !
3.5

Bande-annonce

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