Le Diable, tout le temps : Sympathie pour l’ennui

On ne peut le nier ; Antonio Compos (ainsi que Netflix) s’est offert un joli casting pour ce qui est promis comme un Southern thriller poisseux à souhait. Tom Holland, Robert Pattinson, Sebastian Stan, Eliza Scanlen et bien d’autres s’amusent à jouer les freaks dégénérés dans une Amérique isolée. Malheureusement, le résultat final s’avère lisse dans le traitement d’un genre mais aussi de son histoire.

Il ne fait pas bon de vivre dans la ville de Knockemstiff, isolée en plein coeur de l’Ohio. Et c’est Donald Ray Pollock qui nous le dit, narrateur lui-même auteur du roman adapté. À travers les décennies, cette ville nous est montrée comme un chaos irrécupérable, camouflé par une foi inébranlable envers Dieu. Les actes les plus horribles qui soient (meurtre, pédophilie, corruption) sont montrées à l’écran à travers un film-choral qui croisent les personnages les plus déviants possibles. Avec un contexte pareil, il est si regrettable que Compos provoque au final quelque chose d’extrêmement convenu, qui a peur au final d’émettre un discours et de se confronter aux ignominies racontées.

Malgré un casting excellent ; notamment un Robert Pattinson qui joue parfaitement le mal absolu en mélangeant le Paul Dano de There Will Be Blood au Robert Mitchum de La Nuit des Chasseurs, The Devil All The Time peine à raconter quoi que ce soit sur le monde qu’il filme. On se demanderait limite si ce n’est pas un coup de Netflix pour prétendre proposer quelque chose de plus brut, de plus agressif. Sauf que montrer la violence en quelques secondes, de manière sur-découpé au montage, ne suffit pas à provoquer un choc. La chronologie déconstruite, sans doute pour passer un message sur la violence qui s’inscrit comme un cycle au fil des générations, n’a comme seule conséquence de présenter les faits sans aucun but. Le glauque succède au glauque sans que l’on s’attarde à ce que l’on voit. Où en est l’intérêt ? La production Netflix dénature toute l’horreur qu’il montre pour l’édulcorer et transformer l’atrocité en un produit presque inoffensif.

Un drame cliché
On préférera vous recommander l’horreur moite et grandioloquante d’un Killer Joe, véritable sommet d’horreur signé William Friedkin avec les mêmes freaks dégénérés. The Devill All The Time vrille plus dans la parodie du roman noir qu’un véritable drame percutant.
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Bande-annonce :

La caméra stylo à Hollywood : une étude en quatre blockbusters
Un dossier réalisé par Amaury Foucart