Deux moi, la critique

Il nous avait laissé dans les vignes en province, Klapisch change radicalement de lieu pour son nouveau film en s’implantant en pleine vie parisienne. Narrant la vie de deux citadins confrontés aux mouvements brusques de la capitale, Deux Moi est une thérapie faussement légère qui nous réchauffe toutefois le cœur.

C’est en plein choc que l’on retrouve la verve sociale du réalisateur de L’auberge espagnol. Dans Deux Moi, on suit deux parisiens égarés dans une époque bouleversée par les évolutions technologiques. Rémi, ouvrier manuel, est l’un des seuls de son équipe à ne pas avoir été licencié suite à l’arrivée de la robotisation. Mélanie, quant à elle, enchaîne les rencontres par application mobile. Ces deux histoires, qui s’entrecroisent, révèlent un Paris marqué par l’hyper-solitude causé entre autres par les mutations technologiques. Un sujet d’ailleurs qui peut rappeler celui abordé dans le prochain film de Ken Loach. Mais si Klapisch signe un constat édifiant sur nos rapports avec autrui transformés par les écrans, il ne va pas non plus jouer les donneurs de leçons à la Charlie Brooker. Ici, le Black Mirror devient plus lumineux au fur-et-à-mesure du récit.

Car avant tout, ce film est un parcours vers l’intime. Alors qu’ils délaissent leurs écrans et autres routines pour se confier à leurs psys (hypnotisants François Berléand et Camille Cottin), ces deux personnages vont apprendre à connaître la cause de leur mal-être et s’épanouir. Des chemins presque de croix douloureux, servis par une durée qui peut paraître longue mais nécessaire pour retranscrire la thérapie. Klapisch change les humeurs de son film à tout instant, celui-ci paraissant presque insaisissable. Nous pouvons passer de la comédie décalée au drame vers la fin par un retournement de situation que nous tâcherons de ne pas dévoiler ici. Mais ces changements d’humeur vont de pair avec les tourments des personnages, que le réalisateur soigne tout de même.

Il y a malgré tout un ton léger dans Deux Moi. Il sonne même comme ce qui pourrait précéder l’ouverture d’une comédie romantique avec ce presque-duo inoubliable. Et du constat que Klapisch fait de notre époque, il prend subtilement les armes avec gaieté en faisant honneur aux commerces du coin et à la communication. Cela notamment grâce au formidable personnage incarné par le toujours classieux Simon Abkarian. Épicier espiègle et enjoué, il sera l’un des acteurs de la reconstruction de nos deux héros.

Parfois, il y a des films qu'on n'attend pas spécialement et qui réchauffent le cœur aussi bien qu'un chocolat chaud qu'on déguste sous un plaid. Deux Moi, par sa légèreté, le charme de ses personnages et son optimisme, en fait partie.
3.5
Chaleureux
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