Participant & Killer Films

Dark Waters : en eaux troubles

Mark Ruffalo se transforme en Vert afin de sauver les États-Unis d’une catastrophe industrielle sans précédent. Non, ce n’est pas le pitch du prochain Avengers. C’est celui de Dark Waters, nouvelle réalisation d’une icône du cinéma indépendant : Todd Haynes. Un film-dossier passionnant, d’utilité publique, ayant de quoi vous faire flipper dès lors que vous aurez soif.

On serait presque surpris de voir Haynes s’atteler à un tel projet. Demandé par son acteur principal (et producteur du film), Mark Ruffalo, Todd Haynes s’est embarqué dans ce qui pourrait être un genre à lui tout seul : le film d’investigation. Comme avec Spotlight (avec encore Mark Ruffalo, tiens tiens…), on déballe des tas de cartons poussiéreux pour déceler des failles et on recherche des témoins-clés afin de poursuivre son combat. Pour parler de quoi ici ? De l’eau. Comme Jean-Claude Van Damme, on adore l’eau mais pas sûr que dans 20-30 ans, elle soit encore bonne si des entreprises comme DuPont continuent de la polluer allègrement. Dark Waters emmène en eaux troubles le spectateur, ainsi qu’un avocat industriel joué par Mark Ruffalo, pour découvrir une véritable horreur qui pourrait se reproduire.

Au final, le biais par lequel on commence à découvrir un tel désastre est logique quand on pense à ce qu’a été la filmographie de Todd Haynes : un porte-parole des laissés-pour-compte américains. Passionnés de glam-rocks, femmes empêchées de vivre une histoire d’amour dans l’Amérique des années 50 ou encore une fille sourde, Haynes a comme politique de cinéaste la conviction de laisser la parole à ceux qui en sont dépossédés.

Pour Dark Waters, c’est très simple. Ce sont les riverains vivant en Virginie, théâtre sordide de ce drame, qui vont reprendre le dessus. Contaminés sans le savoir par une eau empoisonnée, certains vont se réveiller pour changer les choses. Cela commence par Wilbur Tenant (joué par l’excellent Bill Camp, un second couteau du cinéma américain qu’on aime toujours retrouver), première personne contactant l’avocat Robert Billot, afin d’éveiller les consciences. D’abord dubitatif, c’est par des situations graphiques à en donner la nausée que la gravité se confirme et interpelle cet avocat joué par Ruffalo. Les animaux deviennent fous, périssent par la contamination. Puis petit à petit, on se rend compte avec horreur que ce sont les habitants de cette ville (dont certains sont joués par les véritables victimes) qui sont atteints des produits chimiques versés par la société DuPont. C’est alors que le film devient très rapidement paranoïaque pour mieux nous interpeller. La quête de justice de Billot est semée d’embûches par une compagnie se permettant tous les coups pour tenter de gagner, ce qui donne des scènes de tensions remarquables rappelant le style d’un Alan Pakula. Mais un tel fait nous choque aussi tant il touche un élément essentiel à chaque être humain : l’eau. Difficile de ne pas se poser des questions après avoir vu ce film…

Mais il n’est pas question de ressortir défaitiste. Car comme à son habitude, Todd Haynes raconte une histoire de luttes et incite magnifiquement au combat. Quitte à sacrifier sa vie de famille et sa santé, le portrait de Robert Billot impressionne dans son approche sans manichéisme du métier d’avocat. Jusqu’à la dernière minute, cet indéboulonnable homme d’affaire ne lâchera jamais ce qu’il estime être nécessaire pour faire justice afin d’aider une population pauvre largement oubliée. Noyée par la tempête effrayante de contraintes, ce personnage d’avocat refait très vite surface pour attaquer plus férocement que jamais. Dark Waters est un long-métrage d’utilité publique, plus que jamais nécessaire à notre époque concernée par la question écologique.

Todd Haynes se plaît dans le registre du classicisme. Dark Waters est un brûlot étalant les faits avec une fluidité renversante, une tension captivante et une prise de conscience importante. Du cinéma politique nécessaire.
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