Couverture de Thunder Road (Jim Cummings, 2018)
Thunder Road ©Paname Distribution

Thunder Road (2018), la critique : des prix et déprime

Si vous êtes cinéphile, il y a de grandes chances que vous connaissiez The Room. Simple daube pour certains, véritable objet de culte pour d’autres, le seul et unique film de Tommy Wiseau est rentré dans l’histoire sans que l’on ne comprenne vraiment pourquoi. Il faut dire que le réalisateur y avait mis de sa personne puisqu’il occupait de multiples postes pendant le tournage. Le rapport avec Thunder Road ? Jim Cummings a une démarche similaire, à une exception près (et de taille) : son premier long-métrage est tout bonnement excellent.

Bande-annonce

L’avis de Kuru sur Thunder Road

Thunder Road, c’est le nom de ce morceau de Bruce Springsteen qu’appréciait particulièrement la défunte mère de Jim Arnaud, flic en deuil dont le dernier numéro lors des funérailles de sa génitrice risque de laisser un souvenir impérissable à l’audience. Et c’est surtout le début des emmerdes pour le policier, qui ne fera qu’aggraver sa situation au fur et à mesure de ses nombreux dérapages.

Au premier abord, le personnage de Jim (Cummings) semble antipathique, pour ne pas dire à la limite du supportable. Son instabilité l’éloigne de tous, de sa famille, de son métier, de ses amis. C’est la chute d’un homme qui se retrouve profondément seul, par sa propre faute. Pour le montrer, le réalisateur adopte une mécanique très répétitive, uniquement basée sur le dialogue et le point de rupture. Vous savez, ce moment où une conversation se met à dégénérer, où l’on perd tout contrôle sur ce qui se passe. Un coup, c’est avec sa fille. Quelques minutes plus tard, c’est avec ses collègues, avant d’enchaîner avec sa future ex-femme. En apparence, le film semble raconter toujours la même chose, mais à un degré différent à chaque fois. Pourtant, plus le temps passe, plus on s’attache à ce policier un peu ridicule et plus on comprend ce qu’il traverse.

Car la répétition est typique de l’épreuve qu’il subit, à savoir une dépression. Faire des efforts, échouer. Faire encore plus d’efforts, tomber encore plus bas. Et ainsi de suite. Plus qu’un portrait de flic lunatique, Jim Cummings dresse le portrait d’un dépressif, d’un mec qui ne sait jamais si ce qu’il dit et fait est bien ou mal. Ses repères se floutent, Jim (Arnaud) cherche désespérément une forme de salut alors que tout le monde le rejette. Les dialogues ciselés appuient la dimension tragicomique du personnage et même si certaines lignes sont probablement « trop écrites », on ne peut qu’adhérer à cette histoire douce amère.

Rempli à ras bord de monologues magistraux, Thunder Road dépassé largement son statut d’égo trip pour offrir un véritable aperçu de ce qu’une personne dépressive peut endurer. Si le schéma répétitif rebutera quelques spectateurs, il permet surtout de percevoir la détresse de Jim Arnaud, incapable de s’en sortir malgré tout sa bonne volonté. Entouré d’excellents acteurs, Jim Cummings livre un premier film maîtrisé, qui ne laisse présager que du bon pour la suite de sa carrière !

Toutes les images appartiennent à ©Paname Distribution.

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