Suspiria (2018), notre critique du remake
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Suspiria (2018), la critique

2.5
Call Me By Your Spell
Le réalisateur Luca Guadagnino aime se lancer des défis. Avec Suspiria, il essaie d'en relever deux : réussir son "après" Call Me By Your Name et surtout signer de son nom un remake réussi du film Suspiria. Malheureusement, son récit trop fouillis donne l'impression que le réalisateur ne sait pas vraiment sur quel pied danser...

Affiche de Suspiria (2018)
Release Date
14 novembre 2018
Réalisateur
Luca Guadagnino
Casting
Dakota Johnson, Tilda Swinton, Mia Goth
Distributeur
Metropolitan FilmExport
Budget
20 millions $
Réaliser un film après un franc succès a de quoi effrayer. La peur de se planter, de décevoir ses fans, doit être palpable chez un auteur dans cette position. Sauf pour Luca Guadagnino, qui, après l’énorme carton public et critique de Call Me By Your Name, a décidé dans le plus grand des calmes de remaker un film d’horreur italien culte : le mythique Suspiria de Dario Argento. Sur le papier, il y a de quoi être surpris. Luca Guadagnino, conteur des troubles amoureux, à la tête d’un remake de l’un des films d’horreurs les plus sanguinolents que le cinéma italien ait pu offrir ? Ce serait comme si Michael Haneke réalisait celui de The Killer de John Woo ! Impossible de ne pas y voir un décalage. Alors on se demande d’entrée de jeu si le réalisateur parvient à se détacher de sa précédente réalisation. Dès les premières minutes, la réponse est évidente : ce Suspiria version 2018 a bien la patte Guadagnino.

Mais quelle est donc cette patte ? Les premières minutes du film ramènent immédiatement au reste de sa filmographie, son style coquet présente d’emblée une structure narrative sous forme de chapitres et un soin particulier sur les détails et les effets de style. Dans un montage très vif, le réalisateur filme une multitude de plans qui forme une galerie d’idées bien référencées, issues de son imaginaire et sa culture. Call Me By Your Name présentait déjà cela avec son générique d’ouverture, illustré par des documents d’études sur la sculpture antique. Dans ce projet horrifique, le réalisateur part du matériau de base pour convoquer d’autres auteurs comme Nicolas Roeg ou De Palma ainsi que des citations musicales comme celle de Klaus Nomi ou un poster de David Bowie. D’une durée de 2H30, cette application stricte du formalisme Guadagnino épuise par ce trop plein d’informations, ne laissant aucune place à une implication autre que la compréhension des allusions. Le coup de génie de Call Me By Your Name était de faire primer des émotions universelles (la découverte d’un sentiment amoureux et les peurs qu’ils suscitent, la bienveillance, etc) au sein d’une famille élevée par la sur-référence. Or, c’est tout l’inverse qui se produit dans ce remake où, hormis deux séquences intenses sur le jeu de la douleur corporelle, rien ne nous investit dans l’histoire de ces personnages. On perd donc l’empathie démesurée que l’on rencontrait chez les personnages du réalisateur. Outre le dégoût des scènes de mise à mort, on ne se préoccupe guère des sorts infligés aux victimes de ces sorcières danseuses.

L’autre pari du film était de succéder au film culte de Dario Argento, œuvre intouchable pour de nombreux spécialistes du genre. Un remake suscite toujours des questions fascinantes sur la reproductibilité d’un film et ses modifications. Le réalisateur a déjà connu ça en remodelant à sa façon La Piscine de Deray avec A Bigger Splash en 2016. Près d’une heure de plus que l’original, le projet s’affirme davantage comme une réappropriation personnelle du film d’Argento que comme un remake brut. Pour les premières raisons évoquées ci-dessus, mais aussi pour refonder l’intégralité du mythe créé par l’original. L’école de danse et les sorcières sont toujours là, mais cette fois-ci pour parler de nazisme et de la culpabilité de l’Allemagne d’après-guerre. Encore une fois, intéressant sur le papier mais mal appliqué à l’écran. À force de multiplier les thèmes, le film ne parvient jamais à être compris dans sa narration, ni à faire ressentir autre chose que de la gêne face à un final grand guignolesque particulièrement pénible. La photographie de Sayombhu Mukdeeprom capture pourtant bien une atmosphère glaciale à l’écran, livrant des plans magnifiques dans une Allemagne grisonnante. Peut-être trop glaciale pour nous envoûter.

Ce Suspiria de 2018 part de vraies bonnes intentions mais n’est au final qu’un objet beaucoup trop déroutant pour convaincre. Ni viscéral, ni pertinent. Juste un beau spectacle d’esthète dont on cherche encore le sens.

Bande-annonce en VOST

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