Critique de Silvio et les autres (Paolo Sorrentino, 2018)
©Pathé

Silvio et les autres (2018), la critique

La fête de trop pour Paolo Sorrentino ?

Affiche de Silvio et les autres (Paolo Sorrentino, 2018)
Release Date
31 octobre 2018
Réalisateur
Paolo Sorrentino
Casting
Toni Servillo, Elena Sofia Ricci, Riccardo Scamarcio
Distributeur
Pathé Films
Budget
20 millions $
Our Score
2

Silvio Berlusconi dépeint par Paolo Sorrentino ? Les attentes autour d’un projet pareil étaient grandes, immenses même. D’abord sorti en deux parties en Italie, Loro est devenu Silvio et les autres en France, en une seule et unique partie réduite de 2H40. Une décision calamiteuse desservant un projet fascinant devenu très rapidement une énorme déception…

Au-dessus des commentaires de cet article, vous trouverez un espace « réactions ». N’hésitez pas à l’utiliser pour dire ce que vous avez pensé de cet article (pas besoin de se connecter). Et si vous souhaitez débattre, eh bien, débattons !

Notre avis sur Silvio et les autres

Tous les deux ou trois ans, Paolo Sorrentino ouvre ses portes au public du monde entier pour nous offrir des fêtes mémorables. Le DJ est aux platines, et inonde la salle du son de Bob Sinclar. L’alcool coule à flot. On boit un premier shot. Danseurs et danseuses apparaissent sur la scène. Bob Sinclar s’arrête et on passe à Cassius. On boit un deuxième shot. Tous les invités, issus de milieux mondains, s’éclatent. Un mini-concert commence, on y chante du Florence and the Machine. On boit un troisième shot. Et au milieu de tout ça déambulent des figures solitaires et importants : un chef d’orchestre, un réalisateur de film, un écrivain et pour cette édition 2018, nul autre que l’ancien président Italien, Silvio Berlusconi en invité d’honneur, le point culminant de cette soirée étant une fiesta d’enfer dans une villa à Rome. Un médecin nous explique les effets de la MDMA en voix-off pendant que Sorrentino organise un grand moment de débauche au son d’électro française. Malheureusement, après avoir goûté à l’ivresse, les fans de Sorrentino subissent une gueule de bois mémorable au réveil.

Mais ce ne sont que des fulgurances perdues dans une bouillie symbolique absolument indigeste.

Dommage car il tenait la fête du siècle ! Consacré à la figure Berlusconi, on aurait pu vivre une expérience vulgaire pleinement assumée afin de mieux la dénoncer. Malheureusement, le réalisateur se transforme soudainement en « Schtroumpf à lunettes » : conscient de la virtuosité de sa caméra, il arrête de danser et se met étudier les états d’âmes de l’ex-président italien. Voir ce qu’il y a derrière le masque affreusement laid que porte le comédien Toni Servillo en le jouant. Ce qui livre, par moments, de très belles scènes plus tendres que moqueuses sur sa vie de couple au son d’Agnès Obel. Mais ce ne sont que des fulgurances perdues dans une bouillie symbolique absolument indigeste. Comme d’habitude, Paolo Sorrentino rend ivre son public et ses personnages pour ensuite faire sournoisement son préchi-précha. Sauf qu’ici, la sauce ne prend pas en raison d’un montage narratif illisible. Probablement dû au fait que Silvio et les autres est une version allégée des deux films Loro sortis en Italie. Résultat : cette satire donne l’impression au final de ne pas savoir quoi dire, ayant juste conscience que ses plans sont beaux tout en répétant sans cesse sa note d’intention. L’équilibre entre l’avalanche de débauche et le sérieux assommant est difficilement supportable.

On va être beau joueur et quand même saluer l’intention du réalisateur. Tenter de montrer un chef d’Etat réputé pour sa vulgarité derrière son masque, ainsi que le mystère qu’il suscite auprès de ses proches, des politiques et de la population italienne est audacieux. On sent cette envie jusqu’à la toute fin du film, surtout lorsqu’il consacre sa dernière partie au tremblement de terre à l’Aquila. Deux mondes se confrontent enfin : celui de la jet-set vulgos où Berlusconi vit et celui, plus réel, de la province italienne. Malheureusement, la démonstration de la caméra virtuose du cinéaste est trop présente pour qu’on y croit une seule seconde.

Paolo Sorrentino semble être passé définitivement à côté de son sujet. Là où dans ses précédents films, il usait de sa virtuosité pour des moments de cinéma grandioses dans leur démesure, ici sa mécanique semble tourner à vide. On se sent un peu comme pendant cette soirée dans laquelle on n'a pas envie de traîner plus de 30 minutes…
2

Bande originale

Bande-annonce en VOST

Toutes les images appartiennent à ©Pathé Films.

Instagram Feed Instagram Feed Instagram Feed Instagram Feed Instagram Feed
Plus d'articles
Critique, Mute de Duncan Jones
CRITIQUE // Mute, de Duncan Jones