CRITIQUE // Sans un Bruit, de John Krasinski

D’un budget modeste de 17 millions, John Krasinski a offert à la Paramount un succès commercial évident. Sur le seul territoire américain, Sans un Bruit (A Quiet Place en version originale) a rapporté pas moins de 50 millions de dollars pour son week-end de lancement, accompagné de critiques majoritairement favorables. Pour un premier film, on peut dire que c’est encourageant. En France, il faut attendre le 20 juin pour le voir, mais croyez-nous, le résultat en vaut la chandelle !

Bande-annonce

Notre avis sur le phénomène Sans un Bruit

Dans la ligue post-apocalyptique, on peut dénombrer un certain nombre de divisions. Du monde ravagé de Mad Max ou du Livre d’Eli aux digressions cannibales de la Route en passant par les soucis adolescents du Labyrinthe, chacun peut y trouver son compte. Avec Sans un Bruit, John Krasinski apporte sa touche à l’édifice. L’humanité semble avoir grandement souffert d’une menace connue mais qualifiée d’invincible : des monstres qui ne se repèrent qu’au son. Ici, le « pendant » de l’invasion ne nous intéresse pas, seul « l’après » importe. Les dégâts ont été faits et l’humanité restante a appris.

Sans un Bruit instaure une tension hallucinante, de celles qui vous maintiennent sur le bord de votre siège, les ongles plantés dans les accoudoirs.

Des films de monstres aveugles, ça n’a rien de nouveau. Pour ne citer que lui, The Descent jouait déjà avec nos nerfs il y a plus de 10 ans, en nous embarquant dans les grottes les plus mal fréquentées du monde. Cependant, à la différence de ce qui était sorti jusqu’à maintenant, Sans un Bruit fait un usage exemplaire de cette spécificité, aussi bien dans le choix des scènes que dans l’inventivité déployée pour s’y adapter. Sable, mobiles en laine, langage des signes, les personnages sont obligés de ruser pour survivre. Face à l’impossibilité de tout insonoriser, la vie n’est plus faite que de silence. En faisant l’impasse sur les « cheap thrills », Sans un Bruit instaure une tension hallucinante, de celles qui vous maintiennent sur le bord de votre siège, les ongles plantés dans les accoudoirs. Le moindre bruit, le plus quelconque des mouvements, peuvent devenir signes de mort imminente et ça, Krasinski le retranscrit à merveille à l’écran.

Certaines scènes resteront forcément dans les mémoires. Le passage de la baignoire, le final sublime, le silo, autant de morceaux si bien réalisés qu’ils ne peuvent que provoquer une adhésion immédiate. On soulignera aussi la capacité du réalisateur à créer des personnages par le silence et à utiliser le potentiel de ses formidables acteurs. Les deux enfants sont très bons, mais c’est surtout Emily Blunt qui impressionne. Quant à la musique, elle sait se faire discrète et même s’effacer dans les moments les plus impactants, chose assez rare dans un genre qui a tendance à souligner le moindre moment de stress par quelques notes stridentes.

Avec Sans un Bruit, John Krasinski prend un malin plaisir à nous offrir de véritables montagnes russes d’adrénaline, entre virées dangereusement calmes et pics à l’intensité folle. Ça faisait longtemps qu’un thriller ne nous avait pas scotché à ce point et il est d’autant plus agréable de voir que l’exploit est accompli par un acteur sur lequel on n’aurait jamais misé. Comme quoi.

Un entracte ? Quelle drôle d’idée !

Face à la sortie tardive de Sans un Bruit en France, nous avons choisi d’improviser. Si les Kinépolis le diffuseront le 25 mai à l’occasion d’une Horror Night mémorable (soit 1 mois avant la sortie officielle), la Belgique a eu le privilège de voir sortir le film bien avant nous. C’est pourquoi nous y sommes allés, la fleur au fusil, avant d’avoir à subir la pire chose qui puisse arriver dans un cinéma : un entracte.

Comment est-ce possible ? Imaginez la situation, un film de 1H30 à peine, littéralement coupé en plein milieu par 10 minutes de vide, le temps de recharger le paquet de popcorn et de décharger la vessie. Idéal pour sortir complètement du film et sacrifier le travail de montage pour on ne sait quelle raison. Le retour à la réalité (donc au film) n’en est que plus difficile, tant la pause arrive comme un cheveu sur la soupe. Visiblement, c’est une pratique assez répandue en Belgique, une pratique que nous ne pouvons que mépriser tant elle semble injustifiée pour un média qui n’est pas pensé pour l’entracte. On n’est pas au théâtre bordel !

Détails

Sans un Bruit (A Quiet Place en VO) Couverture du livre Sans un Bruit (A Quiet Place en VO)
John Krasinski
John Krasinski, Emily Blunt, Millicent Simmonds
Paramount
20 juin 2018
17 millions

Une famille tente de survivre sous la menace de mystérieuses créatures qui attaquent au moindre bruit. S’ils vous entendent, il est déjà trop tard.

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