Critique ciné : Rogue One – A Star Wars story, de Gareth Edwards

Il va falloir prendre l’habitude : après une dizaine d’années sans aucune nouvelle (en dehors des séries animées, des jeux et d’autres trucs dont on se fout), on va manger du Star Wars au moins une fois par an. Les détesteurs détesteront, les adorateurs adoreront et les gens comme moi qui n’apprécient pas la licence plus que ça (mais à qui le septième épisode a mis une grosse claque) feront avec.

Du coup, un an après le Réveil de la Force débarque Rogue One, un spin-off réalisé par Gareth Edwards. Oui, ce mec qui nous a promis monts et merveilles avec son Godzilla et n’a finalement délivré qu’un étron digne d’un mauvais Roland Emmerich. Ça n’a pas empêché son recrutement pour raconter le truc/bidule/machin qui relie la prélogie à la trilogie originale.

Extrait du post-it qui a servi de scénario

« Une nana, un mec, le reste de la troupe, les plans de l’Etoile Noire à voler. Est-ce que je suis clair ? »

Verdict sur Rogue One

Mes attentes concernant ce Star Wars étaient au moins aussi grandes que celles auxquelles avait eu le droit le Réveil de la Force. Un trailer bien monté, une communication maîtrisée, des musique qui feraient fondre n’importe qui, la recette était classique. Mais à l’arrivée, le sentiment post-séance ne suit pas. Mais alors pas du tout. Rogue One est un échec. Pas un échec mineur, comme la mauvaise suite d’une comédie sympatoche. Plutôt un échec majeur, du genre qui vous travaille des jours et des jours après le visionnage. Un échec à tous les niveaux, à commencer par l’écriture.

Vous voyez, si Star Wars VII était une réussite à mon sens, c’est parce qu’il était à la fois la meilleure façon de moderniser l’univers de Star Wars, pour le rendre accessible à un nouveau public, et la plus belle lettre d’amour que l’on pouvait faire à la saga. Le Réveil de la Force transpire la bonne volonté, la générosité, le savoir-faire. En opposition, Rogue One est un film froid, dénué d’âme, uniquement pensé pour les deux barbus du fond qui se souciaient de savoir ce qu’il se passait entre les deux trilogies.

Qu’il soit froid, c’est un peu normal. Le genre veut ça. Il a été vendu comme un film de guerre et effectivement, on n’y voit que des combats de soldats (et de vaisseaux, un peu). Par contre, qu’il n’ait pas d’âme, c’est beaucoup plus problématique et c’est la faute des personnages. Star Wars, c’est un univers fort avec des personnages forts, reconnaissables entre 1000. Même les plus mauvais épisodes ont eu droit à des personnages intéressants (et surtout des méchants charismatiques). Dans Rogue One, on se fout littéralement des personnages. On ne les connaît pas. On sait tout juste leurs noms (qu’on ne retiendra pas au passage), puis ils sont balancés dans un combat dont l’issue est connue d’avance.

En gros, on a écrit des personnages sans motivation, sans charisme, pour un film qui ne sert qu’à boucher un trou qui n’a jamais demandé à être rempli. Les premières lignes du générique d’un Nouvel Espoir suffisaient. Du coup, ça se ressent, le film n’a aucun impact. Il ne raconte pas grand-chose. Il fait presque du surplace. On sait tous que l’événement important ici, c’est le vol des plans et on sait tous qu’il n’aura lieu qu’à la fin. Du coup, en attendant la fin, et bien on s’emmerde. Il ne se passe rien. Il y a bien une tentative avec le père de l’héroïne, mais c’est vain. Quelle importance de toute façon ?

L’écriture n’est qu’un défaut parmi tant d’autres. Le rythme (en dehors des 30 dernières minutes) est foireux, les acteurs sont foireux (Forest Whitaker, mon Dieu), la musique est foireuse. Vous vous rendez compte ? Foirer la musique dans un Star Wars ? L’idée de Giacchino était d’entamer chaque morceau comme le faisait Williams, sauf qu’à un moment, le morceau part en sucette et le thème classique laisse sa place à de la soupe Avengers. C’est presque écœurant. Le méchant est un ratage complet (mais ça fait partie de l’écriture, je triche un peu). Mais surtout, ils ont foiré la première apparition de Dark Vador dans le film. Il fait un jeu de mots. UN JEU DE MOTS PUTAIN ! Vous savez qui est Dark Vador ? Vous l’imaginez faire un jeu de mots ? Non ? Moi non plus. Et ils l’ont fait. Oh, tristesse.

Bon, je m’acharne, je m’acharne, mais il y a bien deux ou trois trucs à sauver dans ce naufrage. Visuellement tout d’abord, c’est joli. Il y a quelques beaux plans, même si quasiment aucun des plans iconiques du premier trailer n’a été gardé. D’ailleurs, la scène finale est une réussite justement parce que le visuel est réussi. Ce n’est pas plus intense qu’un autre Star Wars, mais l’échelle des combats est admirablement bien gérée, avec plusieurs niveaux : l’espace, la terre ferme et l’intérieur d’une tour. Enfin, c’est trop fade pour être tout le temps joli ce petit Rogue One, mais il assure un minimum tout de même. Et deuxio, c’est un peu divertissant, vers la fin. Puis il y a Donnie Yen. Et c’est tout.

Aussi générique que n’importe quel blockbuster estival (mais en hiver), aussi soporifique qu’un Imovane, Rogue One rejoint le cercle très fermé des mauvais Star Wars. Son incapacité à impliquer et à émouvoir le dessert, la faute à une écriture ratée, digne d’une fan fiction de bas étage, et beaucoup trop lisse pour en faire un film intense. On se consolera avec des visuel réussis et un final moins mauvais que le reste, ou tout simplement en revoyant le Réveil de la Force en attendant l’épisode VIII.

Détails


Poster Rogue OneRéalisateur
: Gareth Edwards

Casting : Felicity Jones, Diego Luna, Donnie Yen, Ben Mendelsohn, Riz Ahmed

Production : Lucasfilm

Date de sortie : 14 décembre 2016

Budget : 200 millions $

Le trailer en VOST