©Paramount Pictures

CANNES x GTP : Rocketman, critique

Chez Good Taste Police, on aime bien être mauvaise langue. Ainsi, quand nous avons découvert les premières images de Rocketman après le traumatisme Bohemian Rhapsody, nous avons aussitôt pensé : «Oh super, encore un biopic Wikpedia aseptisé, qui s’en fout ? ». Puis, nous avons vu le film. Et ce qui nous réjouit aussi sur le blog, c’est d’être surpris et d’avoir à enchaîner les « mea culpa ». Dexter Fletcher, unique réalisateur cette fois-ci, livre un biopic musical flamboyant sur Sir Elton John. Queer, sombre mais survolté, on décolle immédiatement devant Rocketman !

La comparaison était inévitable : dès les premières minutes du film, on comprend que Dexter Fletcher a eu carte blanche pour son projet et n’a pas eu à subir l’aura académique plombante d’un Bryan Singer en maître de cérémonie du biopic sur Queen. Adapté de l’autobiographie du chanteur par la plume de Lee Hall, à qui l’on doit un succès comme Billy Elliott (qui a d’ailleurs pour point commun avec Rocketman d’avoir Jamie Bell au casting), ce film est la mise à nue d’un artiste que l’on a toujours connu pour son extravagance. Un choix assumé dès son ouverture : musique triomphante, des pas déterminés au ralenti, on s’attend à une entrée sur scène pour un concert. Sauf que s’il y a bien un public prêt à écouter l’artiste, c’est celui d’une réunion thérapeutique en groupe. Rocketman, partant de ce postulat, va alors nous raconter l’image détériorée d’un artiste en proie à de nombreux démons, sans pour autant ruiner l’ambiance.

De l’enfance tourmentée de Reginald Dwight jusqu’à la naissance de son personnage de scène, Elton John, le film narre tous les événements qui ont ponctué sa vie avec une certaine muscialité. Les mouvements numériques de la caméra peuvent parfois piquer des yeux, on ne va pas se mentir là-dessus. Pour autant, chaque numéro musical détonne et livre non seulement des interludes endiablées, mais aussi une manière de voir comment chacun de ses tubes a pu influer sur sa vie. Bien évidemment, on peine à croire que les premières notes de Rocketman lui sont apparues très jeune, mais ces scènes ont le mérite de nous révéler comment la vie personnelle d’un artiste peut se glisser dans une oeuvre tout entière.

Chaque numéro musical détonne et livre non seulement des interludes endiablées, mais aussi une manière de voir comment chacun de ses tubes a pu influer sur sa vie.

Nous ne sommes pas experts en Elton John donc il ne sera pas question d’affirmer si tel événement a eu réellement lieu ou non. En revanche, on a décelé une réelle honnêteté dans la démarche de Fletcher. Si un biopic d’une telle envergure sera forcément à la gloire de l’artiste (et après tout, on n’est pas forcément là pour voir des films à charge contre des stars), l’absence de compromis sur les choses à montrer (crues ou non) est admirable. A ce titre, il est important de souligner que le film est infiniment plus queer que Bohemian Rhapsody. Au revoir les sous-entendus vaseux de cinq secondes dans une station-service, adieu sous-intrigue donnant à la bisexualité un rôle antagoniste au héros. Ici, ce sera une histoire d’affirmation dite dès le départ et sans édulcoration. Dans une histoire relationnelle ayant ses hauts et beaucoup de bas, en cause d’un Richard Madden parfait en homme détestable, mais qui a le mérite d’être clairement présente dans un film grand public.

Mais surtout, cette sincérité, on la doit grâce à son comédien Taron Egerton. Chanteur hors-pair, qu’on avait déjà entendu dans le sympathique Tous en scène des studios Illumination, il s’investit complètement dans le rôle d’Elton et prouve aussi qu’il n’a pas besoin de costume et de « brogues » pour se mettre en valeur en tant qu’acteur. Crevant l’écran à chaque instant, et ayant déjà rencontré Elton John sur le tournage de Kingsman 2, ce choix de casting apparaît comme incontestable.

Acclamé à Cannes, adoublé par Sir Elton John et probablement succès public à la clé, Rocketman possède tous les ingrédients d'un biopic triomphant. Notre seul bémol : qu’il n’y ait pas eu de passage animé en hommage au Roi Lion. Tu peux nous faire ça, Jon Favreau ?
On l'aime pour...
Pas pour...
3.5
Flamboyant

Bande-annonce

Détails

rocketman avis affiche
Date de sortie
29 mai 2019
Réalisateur
Dexter Fletcher
Casting
Taron Egerton, Jamie Bell, Richard Madden
Distributeur
Paramount Pictures
Budget
41 millions $
Notre score
3.5
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