Une pluie sans fin (Dong Yue, 2018), couverture
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Une pluie sans fin (Dong Yue, 2018) : la critique

Lorsque j’ai découvert Memories of Murder la semaine passée, je m’attendais à une claque. Pas à une patate de forain. Ce à quoi je ne m’attendais pas, c’est qu’Une pluie sans fin me le rappellerait autant. Hélas, n’est pas Bong Joon-ho qui veut et Dong Yue, en dépit de qualités indéniables, est encore loin d’avoir le talent du maître, même lorsqu’il réalisait son deuxième long-métrage !

Bande-annonce en VOST

La critique de Une pluie sans fin, par Alexandre

Les forces d’Une pluie sans fin sont avant tout contextuelles. Dehors, on meurt de chaud, littéralement. Un film dans lequel il pleut tout le temps ne peut qu’être positif, même si le temps semble long. Après tout, on est dans un film Chinois et pas un de la trempe de Wolf Warrior 2, loin de là. Une pluie sans fin va plutôt jouer dans la cour du très beau et putain de lent Black Coal, sorti quelques années auparavant. Comprenez par là qu’en dehors d’une poursuite en plein milieu du film, le film de Dong Yue est totalement dépourvu de la moindre scène d’action, et que par définition, ça ne pose aucun problème.

Non, le problème est ailleurs. Ce rythme lancinant, presque hypnotique, je l’apprécie. C’est plutôt du côté du scénario qu’Une pluie sans fin pêche. Prenant place en 1997, aux alentours de la rétrocession de Hong-Kong à la Chine, il essaie tant bien que mal de mêler polar à la Sud-Coréenne (d’où l’inspiration Memories of Murder) et film social Chinois, sans exceller dans un seul des deux domaines. On retrouvera aisément toutes les idées piquées ici et là dans le chef d’oeuvre de Bong Joon-ho : meurtres sordides, mise en avant de l’échec, sentiment d’injustice, fausses pistes, j’en passe et des meilleures. C’est justement parce qu’il ne parvient pas à offrir sa propre originalité par-dessus cette couche que le film s’enraye.

Jamais le spectateur n’est pris par surprise, Dong Yue préférant contempler ses scènes que les faire avancer. Je dois reconnaître qu’il y a de quoi faire à ce niveau-là, parce qu’Une pluie sans fin est indéniablement beau. Sans être aussi atmosphérique que Black Coal, il propose un vrai travail d’esthète à travers cette pluie, dont la symbolique pourra sembler lourde. Une symbolique directement liée à la partie sociale du film, plus efficace que la partie thriller. Mais là encore, elle est plombée par une conclusion qui n’arrive jamais : Dong Yue étire son grand final à n’en plus pouvoir, au point de dissiper le peu d’intérêt restant après la « résolution » de l’enquête.

Une pluie sans fin se laisse regarder. Ni bon, ni mauvais, le film de Dong Yue peine à se forger sa propre identité, en dépit d’un contexte riche et d’une patte visuelle extrêmement appliquée. On saluera tout de même l’excellente performance de Duan Yihong, convaincant en monsieur-tout-le-monde avide de reconnaissance et d’héroïsme.

Toutes les images appartiennent à ©Wild Bunch Distribution.

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