Paul Sanchez est revenu ! (Patricia Mazuy, 2018), couverture

Paul Sanchez est revenu ! (Patricia Mazuy, 2018) : la critique

Faisant son petit bout de chemin au sein de la critique française, Paul Sanchez est revenu !, le nouveau film de Patricia Mazuy est sorti mercredi dernier dans les salles. Cette traque infernale entre une gendarme et un fugitif dangereux risque bien de vous surprendre !

Bande-annonce

La critique de Paul Sanchez est revenu ! par Victor

Pendant la première partie, la réalisatrice semble nous emmener vers un schéma classique propre au genre du Western. Dans un petit village du Var, un homme accusé d’avoir massacré sa famille refait surface pour semer le trouble chez les forces de l’ordre, les journalistes et les villageois paranoïaques. Paul Sanchez, c’est comme si Liberty Valence avait atterri à l’époque de BFM TV. Ce nom suscite la terreur, la fascination et une volonté pour chacun de se faire remarquer en prenant contact avec lui. Les zones commerciales, leurs cafétérias et magasins de piscines, remplacent les saloons et côtoient les plaines où errent les deux personnages principaux. Le traitement réservé au commissariat renvoie fortement à ceux des saloons avec un espace réduit et une équipe peu nombreuse mais humaine. Pendant la première partie, nous sommes donc confrontés à un rapport antagoniste entre les gentils et les méchants. Les codes du Western renvoient  à une influence revendiquée par la réalisatrice au classicisme de John Ford auquel s’ajoute une modernité absurde digne des frères Coen, chaque personnage ayant son trait d’étrangeté et un côté « loser ».

Paul Sanchez, c’est comme si Liberty Valence avait atterri à l’époque de BFM TV.

Le montage suit cette traque, alternant entre le point de vue de Sanchez (joué par un Laurent Laffite, toujours aussi glaçant avec un soupçon de pathétisme) et celui de Marion (impeccable Zira Hanrot). Lui est dans la survie instantanée, l’autre est dans la traque obstinée sans que l’on sache réellement pourquoi (envie de reconnaissance ? Volonté de justice ?). Et en quelques lignes de dialogues, on passe subitement du western Fordien au thriller Hitchcockien. Paul Sanchez est revenu ! est aussi explosif que ce petit village en ébullition ; devenant ainsi une réflexion habile sur la médiatisation de faits divers sordides et ce que ça implique chez monsieur-tout-le-monde, capable de s’identifier dangereusement ou de frémir devant des figures criminelles haut-placées dans les médias. Avec en prime, une ambiguïté qui remet constamment en question les actions des personnages, jusqu’à un final violent et déstabilisant. On peut regretter quelques longueurs mais c’est pardonné face à un scénario complexe ne relâchant jamais le public.

Le polar français a encore de beaux jours devant lui. Ce n’est pas seulement Paul Sanchez qui revient mais aussi un cinéma plus organique, réfléchissant toujours sur lui-même et sur ce qu’il raconte. Le nouveau film de Patricia Mazuy déstabilise sans jamais tomber dans les artifices. L’un des immanquables de l’été !

Plus d'articles
Critique ciné : Alien – Covenant, de Ridley Scott