CRITIQUE // Moi, Tonya, de Craig Gillespie

Genre académique par excellence, le biopic parvient à se renouveler par à-coups. Pour dix Merveilleuse histoire du temps ou Imitation Game réalisés, combien de Arrête-moi si tu peux découvrons-nous sur nos écrans ? Trop peu. Ce qui provoque chez les cinéphiles une méfiance de tous les instants, surtout quand un biopic annoncé comme différent se met à cartonner au rayon remise de trophées. Moi, Tonya, véritable outsider ou simple 15H17 bis ?

Bande-annonce

Ce qu’on a pensé de Moi, Tonya

Oserait-on critiquer un film qui utilise tour à tour du Supertramp, du Fleetwood Mac ou encore Barracuda de Heart pour illustrer les différents pans de la vie d’une célébrité ? Difficile à dire. On pense que non. Moi, Tonya, c’est le coup de pied dans les roustons de la platitude. L’illustration parfaitement rock d’une redneck salie par une sombre affaire d’agression. D’un fait explosif, Craig Gillespie tisse le portrait d’une femme aussi forte que soumise, arrogante que maladroite. Chez Tonya Harding, même sur glace, il n’y a pas de place pour la grâce. Seule la technique importe. Filmer du patinage artistique relève du casse-gueule. Ce n’est pas pour rien si Moi, Tonya est l’un des premiers du genre, après plus d’un siècle de cinéma.

Sans surprise, Gillespie relève le pari haut la main. Rarement sport n’avait été aussi bien cadré, filmé comme un ballet. On se croirait parfois sur scène, au beau milieu d’une danse endiablée. Et si on pestera contre les incrustations approximatives du visage de Margot Robbie, qui interprète ici Tonya Harding de la plus belle des manières, ou l’insertion de ralentis pas forcément bienvenus, impossible de ne pas succomber face à l’énergie déployée par la mise en scène. C’est valable aussi bien sur la patinoire qu’en dehors, Moi, Tonya faisant partie de ces biopics qui ont opté pour un montage nerveux et une overdose de style, parfois au détriment de la neutralité du point de vue. Mais est-ce bien surprenant quand on va voir un film qui s’intitule MOI, Tonya ? Pas vraiment.

En plus de rappeler à tout le monde le scandale, le biopic nous fait découvrir toute une galerie de personnages hauts en couleur. Entre l’amoureux transi et paradoxalement violent, la mère castratrice mais détaché et une poignée de guignols de service, il y en a pour tous les goûts (et surtout les plus barrés). Dommage que le film subisse quelques grosses baisses de régime, c’est quasiment inévitable quand on adopte un rythme aussi enlevé (et qu’on ne s’appelle pas Martin Scorcese).

S’il est loin d’être parfait, Moi, Tonya permet de redécouvrir un fait marquant sous un autre angle, probablement biaisé, mais de manière dynamique et avec une grosse dose de dérision. C’est toujours bon à prendre.

L’avis des p’tits potes de GTP

Découvrez aussi la critique du film par Lucile sur Lully Fabule :

« Le film réhabilite en quelque sorte Tonya Harding, en la montrant sous un angle intime, loin de l’image que les médias se plaisaient de transmettre par goût du scandale. »

Détails

Moi, Tonya - Affiche

Réalisateur : Craig Gillespie
Casting : Margot Robbie, Sebastian Stan, Allison Janney
Distributeur : Mars Films
Date de sortie : 21 février 2018
Budget : 11 millions $

Le baromètre Good Taste Police :

En 1994, le milieu sportif est bouleversé en apprenant que Nancy Kerrigan, jeune patineuse artistique promise à un brillant avenir, est sauvagement attaquée. Plus choquant encore, la championne Tonya Harding et ses proches sont soupçonnés d’avoir planifié et mis à exécution l’agression…
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