Critique de Mandy, avec Nicolas Cage

Mandy (2018), la critique

Affiche de Mandy, avec Nicolas Cage
Release Date
-
Réalisateur
Panos Cosmatos
Casting
Nicolas Cage, Andrea Riseborough, Linus Roache
Distributeur
-
Budget
6 millions $
Our Score
5

Il y a quelque chose de formidable avec Nicolas Cage : l’acteur semble infatigable. En dépit de choix de carrière parfois douteux, il ne s’est jamais laissé débiner, offrant toujours le meilleur de lui-même et ce quelque soit le rôle qui lui est proposé. Le problème, c’est qu’aucun réalisateur n’est parvenu à exploiter ce potentiel, cette fougue, depuis très longtemps, condamnant un acteur exceptionnel à surnager dans des productions moyennes, quand elles ne sont pas tout simplement médiocres. Panos Cosmatos semble déterminé à inverser la tendance, en offrant à Nic Cage un rôle sur mesure dans un Mandy qui risque de ne laisser aucun spectateur indifférent. Attention, ce film n’est pas pour tout public (et on ne parle pas que du sang) !

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Tout semble aller pour le mieux entre Red et Mandy, couple parfait adepte de la métaphysique et des comparaisons de planètes une fois la nuit tombée. Jusqu’à ce qu’un culte vienne mettre à mal leur petit bout de paradis pour une simple question de fixette de la part de leur leader allumé. Il n’en faut pas plus pour pousser Red à traquer ces « Jesus freaks » avant de leur botter violemment le cul. On vous l’accorde, le scénario n’a rien d’exceptionnel. Il renvoie à ces films d’exploitation des années 80 (avec une belle patte Barkerienne), où la vengeance était la seule façon de s’exprimer des personnages. Sauf que Panos Cosmatos n’est pas Michael Winner et que la forme de Mandy a bénéficié d’une attention toute particulière.

Les couleurs de l’affiche auraient pu être mensongères, comme pour styliser à l’excès un film qui en manquerait. Il n’en est rien. Mandy est un pur trip hallucinatoire, où chaque plan, du plus calme au plus énervé, révèle des qualités picturales insoupçonnées. Rouge, vert, bleu, jaune : la palette de couleurs évolue en permanence, tout en ayant le bon goût d’éviter l’effet « néon » si cher aux réalisateurs faussement néo-rétro de notre époque. Cosmatos mise tout sur l’atmosphère que dégage Mandy, pour une expérience sensorielle tantôt douloureuse, tantôt jouissive, remplie à ras bord de moments de gloire et d’iconisation outrancière. Panos Cosmatos en fait toujours trop, sans jamais que ça ne déborde, comme si sa vision, aussi jusqu’au boutiste soit-elle, faisait preuve d’une résistance à l’érosion à toute épreuve.

Mais ce qui frappe réellement dans Mandy, c’est son esprit profondément « metal », renforcé par une deuxième partie bien plus portée sur l’ultra-violence et un Nicolas Cage qu’on n’a jamais vu aussi ravagé, prouvant encore une fois à ses détracteurs qu’il est probablement l’un des meilleurs acteurs en activité à l’heure où nous écrivons ces lignes. Soulignons aussi l’incroyable bande originale composée par le regretté Jóhann Jóhannsson, une sorte de « heavy electro » qu’on pourrait entendre résonner en froissant les dieux du metal.

Parce qu'il mise tout sur le style, Mandy divisera forcément. Son rythme lancinant et ses visions sous LSD perdront sans doute les spectateurs à la recherche d'un véritable sens à cette quête vengeresse. Pourtant, il éveille les sens comme aucun autre film de vengeance, tutoyant les sommets du cinéma expérimental (mais grand public) par son incroyable science de la photographie et une dimension metalleuse que ne renierait pas un Mad Max : Fury Road. C'est très subjectif et on l'assume, mais Mandy est un monument et probablement l'oeuvre la plus singulière de toute la carrière de son interprète principal. Il était temps !
5

Bande originale

Bande-annonce en VF

Toutes les images appartiennent à ©Universal Pictures.

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