La Mule, Clint Eastwood
©Warner Bros

La Mule, critique

Dix ans que l’on avait pas revu le visage de Clint Eastwood devant sa caméra. Entre les sorties de Gran Torino et La Mule, les temps ont bien changé. C’est ce que va vite comprendre Earl Stone, nouvelle figure incarnée par le comédien comme son véritable alter-ego. La Mule est le cri déchirant d’une légende plus en phase avec son époque.

No country for old man

Ce film adapté de la véritable histoire de Leo Sharp, vétéran de la Seconde Guerre Mondiale devenu livreur de drogues, fonctionne comme un décalage. Celui d’un vieil homme ne comprenant définitivement plus où est-ce qu’il se trouve. Avant de crier tout de suite au « Trigger Warning Réactionnaire », La Mule est pourtant un film ancré dans son temps. A l’opposition du caractère bien trempé de Earl, où les jurons fusent à tout va, se présente un monde plus ouvert vers l’avenir. Un avenir non seulement tourné vers Internet (ce qui fera grimacer notre anti-héros à plusieurs reprises) mais aussi vers le poulain du réalisateur, Bradley Cooper. Celui-ci incarne un agent de la DEA cherchant à démanteler le réseau pour lequel travaille Earl. Difficile de ne pas y voir un passage de flambeau déchirant entre un acteur légendaire et sa relève. Cet héritage rend le film très émouvant, semblable à un message d’adieu au métier d’acteur par son réalisateur. Et encore, là où cet adieu aurait pu paraître très solennel, il détonne car Clint Eastwood ne manque pas de mordant !

La Mule de Clint Eastwood
©Warner Bros

Il suffit de voir comment est traité le milieu des cartels à travers la caméra d’Eastwood. Là où d’autres pourraient filmer ce monde avec les conventions du genre (menace permanente, coups bas et peur), le réalisateur se montre plus coriace et dépeint ce monde presque tendrement. C’est même dans ces moments que le comique du film fait irruption ! Dès qu’il entre dans cet univers, Earl/Clint tente de se refaire une seconde jeunesse. En s’adonnant premièrement aux textos (avec difficulté) pour ensuite atterrir dans une fête complètement démesurée où Clint se prend littéralement pour un Harmony Korine du troisième âge. Sauf que là, James Franco est remplacé par Andy Garcia (qui fait toujours plaisir à voir au passage).

Et encore, là où cet adieu aurait pu paraître très solennel, il détonne car Clint Eastwood ne manque pas de mordant !

Mais après avoir parcouru ces nouvelles routes en forme de fontaine de Jouvence vient le temps des regrets. Et cela, Eastwood le filme magnifiquement. La sobriété de sa caméra donne une importance aux ravages du temps appliqués à la vie de famille et au corps du héros. Le visage complètement fracassé de Clint bouleverse, de même que le voir (dans le cadre de la fiction) tenter de se réconcilier avec sa fille (jouée par Alison Eastwood) ou son ex-femme (jouée par Diane West) fait couler quelques larmes. C’est là tout l’intérêt de se focaliser uniquement sur ses personnages, et non sur une débauche d’effets lacrymaux.

3.5
Le cinéma de Clint Eastwood n'est jamais aussi efficace que lorsque son classicisme privilégie une écriture soignée. La Mule étonne, prend par les tripes et a le chic d’être un sympathique divertissement. En ouvrant la voie à un nouvel avenir, le réalisateur prouve qu’il n’a finalement rien d’une tête de mule.

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