L’exercice du reboot est un long voyage parsemé d’embûches. En 2015, la saga Jurassic Park en a fait les frais. Placé entre les mains de l’inconnu Colin Trevorrow, Jurassic World n’a pas su soulever les foules, uniquement les billets verts. Il faut dire qu’aux exploits visuels et aux frissons du premier, la nouvelle version répondait par une paresse de tous les instants et un spectacle à forte teneur en explosions mais très limité dès qu’il s’agissait de tension. Difficile d’imaginer comment la suite pourrait bien se dérouler. Fort heureusement, ce n’est pas n’importe qui qu’Universal a décidé de placer aux commandes de Jurassic World : Fallen Kingdom. C’est tout simplement Juan Antonio Bayona, réalisateur de l’Orphelinat, de The Impossible et surtout de l’exceptionnel Quelques Minutes après Minuit, l’un de nos énormes coups de coeur de l’année passée. Grosse licence, réalisateur exigeant, qu’est-ce qui pouvait mal tourner ?

Bande annonce

Notre avis sur Jurassic World : Fallen Kingdom

Nous croirez-vous si on vous dit que les 10 premières minutes de ce Fallen Kingdom mettent à mal l’intégralité de Jurassic World, et ce à tous les niveaux ? Il va bien le falloir. A peine rentré dans la danse, Juan Antonio Bayona pose ses cojones sur la table et impose d’emblée son style. Plus sombre, plus tendu, Fallen Kingdom revient aux sources tout en traitant de nouveaux thèmes inexplorés auparavant. Les manipulations génétiques sont de nouveau au coeur de l’histoire concoctée par Colin Trevorrow (toujours au scénario), sur fond de défense du droit animal et notion de contrôle. Dans un sens, Jurassic World : Fallen Kingdom fait du Jurassic Park…sans faire de Jurassic Park.

Jurassic World premier du nom n’était pas surprenant, loin de là. C’est un fait. Fallen Kingdom fait le pari inverse. A la manière d’un Last Jedi qui envoie bouler toute la mythologie de Star Wars, l’opus de Bayona s’amuse à déconstruire l’univers mis en place par Spielberg pour y instaurer un peu de sa patte. Cependant, pas de traces d’humour lourdingue ici, Bayona mise avant tout sur la tension et la surprise, ainsi qu’une poignée de moments de grâce absolument dantesques. Les adieux à l’île, le toit du manoir, le plan-séquence aquatique, la sauce prend à chaque fois, pour le plus grand bonheur des spectateurs. Mieux encore, jamais le rythme ne faiblit. Le film, décomposé en deux parties, ne joue pas la carte du crescendo. La première partie possède ses propres pics de tension, ses codes, tout comme la seconde, dans un registre bien différent. Le meilleur des deux mondes en quelque sorte.

Néanmoins, on sait d’ores et déjà que cet épisode fera jaser. Parce que Bayona et Trevorrow font des choix radicaux et décisifs pour l’avenir de la saga. Certains crieront au scandale, à la nanardisation de la licence. Mais qu’est-ce que Jurassic Park, si ce n’est un concept digne d’une série B ? On se le demande. Fallen Kingdom embrasse cette dimension et la pousse le plus loin possible sans virer dans l’incohérence et l’absurde. Il fallait oser, Bayona l’a fait !

8/10

Jurassic World : Fallen Kingdom offre deux heures de divertissement effrénées, capable de jongler entre les genres sans se prendre les pieds dans le tapis, fidèle aussi bien au style du réalisateur qu’au cahier des charges d’Universal. C’est ce qu’on appelle un blockbuster idéal, à condition d’accepter les choix entrepris par les scénaristes. On ne dit pas que c’est facile. Juste que ça en vaut clairement la chandelle.

Détails

Jurassic World : Fallen Kingdom Couverture du livre Jurassic World : Fallen Kingdom
Juan Antonio Bayona
Chris Pratt, Bryce Dallas Howard, Daniella Pineda
Universal
6 juin 2018
170 millions $

Cela fait maintenant trois ans que les dinosaures se sont échappés de leurs enclos et ont détruit le parc à thème et complexe de luxe Jurassic World. Isla Nublar a été abandonnée par les humains alors que les dinosaures survivants sont livrés à eux-mêmes dans la jungle. Lorsque le volcan inactif de l'île commence à rugir, Owen et Claire s’organisent pour sauver les dinosaures restants de l’extinction.  Owen se fait un devoir de retrouver Blue, son principal raptor qui a disparu dans la nature, alors que Claire, qui a maintenant un véritable respect pour ces créatures, s’en fait une mission. Arrivant sur l'île instable alors que la lave commence à pleuvoir, leur expédition découvre une conspiration qui pourrait ramener toute notre planète à un ordre périlleux jamais vu depuis la préhistoire.

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