john wick 3 avis
©Metropolitan Filmexport

John Wick – Parabellum, critique

Drôle de destin que celui de John Wick. Exposé aux yeux du monde comme le héros d’une série B sans prétention (mais salement jouissive), ce tueur à la retraite est rapidement devenu la nouvelle icône des amateurs de chorégraphies chanmées, au point de susciter un flot d’attentes démesurées. Impossible pour ce nouveau passionné de toutous de ne pas céder à la sophistication, en passant par le perfectionnement de son art et la refonte totale de son cahier des charges. John Wick ne peut plus être un simple film du samedi soir, et si le deuxième opus commençait à opérer une transition vers la pellicule de luxe, Parabellum consacre définitivement l’ex-« underdog » au panthéon du cinéma d’action.

Au diable la simplicité formelle du premier et l’élégance du second, John Wick 3 fait table rase du passé et propulse notre héros dans une nouvelle dynamique. Anciennement vengeur puis exécuteur, notre assassin préféré passe au stade de traqué pour un résultat détraqué, véritable avalanche de violence comme on en voit rarement. Le rythme s’emballe, les scènes d’action s’enchaînent à une vitesse folle sans que le spectateur n’ait le temps de digérer la précédente. Livres, couteaux, chevaux, motos : tout est prétexte à l’étalage du savoir-faire du metteur en scène, que l’on n’oserait même plus qualifier de « généreux » en termes d’idées. Chad Stahelski dépasse allègrement ce stade dès les 15 premières minutes, tout ce qui suit n’est que bonbon pour la soif de sang du public hagard.

On retrouve bien évidemment tous les éléments qui faisaient le sel du deuxième épisode, entre exécutions parfaitement cadrées et gags gestuels inattendus, ici décuplés au centuple. Oui, John Wick – Parabellum en fait 1000 fois trop, il ne sait jamais ralentir pour nous laisser respirer et nous charge la tête d’images folles. Difficile dès lors de s’imprégner du scénario, totalement relégué au dernier plan (ce qui n’est pas un mal au vu des chemins de traverse qu’il prend). Seul nous intéresse le prochain tour de passe-passe du croque-mitaine pour se tirer d’une situation à priori impossible à dénouer. Si l’on se prêtait au jeu des comparaisons, Parabellum serait le Tex Avery de l’ultraviolence, véritable quintessence du « one man army » fun et sans conséquences avec coups de sabots en point d’orgue.

Pour autant, aussi virtuose soit-elle, l’action n’est pas tout à fait sans reproche. On regrettera un dernier combat en-dessous du reste, miroir d’une scène de The Raid impliquant l’un des nouveaux combattants de ce John Wick 3, sans réussir à faire preuve de la même intensité, la faute à des adversaires dans la retenue et un John Wick un peu diminué. Logique, dira-t-on, mais tout de même. Mais c’est surtout sur le plan musical que le film pêche le plus. Ce Parabellum fait l’impasse sur le désormais traditionnel morceau de Le Castle Vania. Doit-on le lui pardonner ? Certainement pas !

Quelle époque formidable nous vivons ! Pendant que Ethan Hunt se charge de remettre les pendules à l'heure dans le monde de l'espionnage, John Wick quant à lui continue de nous assurer notre quota de sbires mutilés, égorgés, poignardés, découpés, flingués. Il y en a pour tous les goûts ! Chad Stahelski et ses équipes redoublent d'efforts pour nous offrir des caisses entières de plaisir régressif, à la croisée des chemins entre la boucherie finale de John Rambo et la gestuelle de Buster Keaton. Parabellum nous montre surtout que The Raid n'est pas une fatalité et que le cinéma américain est encore capable de nous pondre des monuments de castagne qui tapent dur. Quand on pense que le 4 risque d'être encore plus sauvage...
4.5

Bande-annonce

Détails

Date de sortie
22 mai 2019
Réalisateur
Chad Stahelski
Casting
Keanu Reeves, Halle Berry, Mark Dacascos
Distributeur
Metropolitan Filmexport
Budget
55 millions $
Notre score
4.5
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