D’un côté : Monique, modeste dirigeante d’un village Emmaüs. De l’autre : Jacques, son frère, un parfait looser persuadé qu’il finira par trouver « l’idée », la startup qui le fera vivre dans l’opulence et la richesse. Deux visions du monde s’affrontent donc dans I Feel Good, le nouvel ovni de Benoît Delépine et Gustave Kervern, avec Yolande Moreau et Jean Dujardin dans les rôles titres. Un pamphlet comique engagé, plein d’acidité et de fulgurances burlesques.

Bande-annonce

L’avis d’Amaury sur I feel good

« Ma grande et belle idée, c’est de rendre les petites gens beaux ». Cette réplique, prononcée solennellement par Jean Dujardin au début du film, pourrait résumer à elle seule le cinéma de Benoît Delépine et Gustave Kervern… À une différence près, et c’est toujours Jean Dujardin qui corrige le tir une heure et demie plus tard : « Je voulais les rendre beaux, alors qu’ils l’étaient déjà », dit-il à propos des véritables habitants d’un village Emmaüs qui constituent une majeure partie du casting. Montrer, avec un zeste de poésie surréaliste, ce qu’il y a de beau chez les provinciaux et les laissés pour compte, c’est ce qu’ont toujours fait nos deux cinéastes grolandais depuis Aatra en 2004, jusqu’au prodigieux Saint-Amour il y a deux ans.

Avec I Feel Good, le savoir-faire du tandem demeure intact, notamment son aisance à passer du malaise au rire, puis du rire à la mélancolie, comme lors d’un sublime gag où Jacques, s’installant dans la voiture que conduit sa soeur, découvre des cendres humaines dans la boîte à gants. « Fais attention, c’est maman », lance Yolande Moreau, « Papa est dans le vide poche. C’était leur dernière volonté ». L’air hébété façon Brice de Nice, Jean Dujardin gémit naïvement un petit « Maman ? », tandis que quelques secondes plus tard, le personnage de Moreau fond en larmes, reprochant à son frère de ne pas être venu à l’enterrement.

Des scènes de ce genre, le film en est rempli, tout comme il sait être extrêmement généreux dans sa mise en scène. Au top de son savoir-faire visuel, le chef-opérateur Hugues Poulain déploie une palette de couleurs détonante dans les décors et les costumes, sublimant des compositions de plan audacieuses, pleines de sens et de non-sens à la fois, comme lorsqu’il s’agit d’opposer dans le cadre Monique et Jacques (l’humanité de la première est écrasée dans un coin de l’image, tandis que les idées fantasquement capitalistes du second prennent énormément de place).

Mené de mains de maître par un duo au sommet de son humour graphique, mais aussi par deux comédiens inspirés, I Feel Good propose donc une charge féroce et hilarante sur l’obsession contemporaine de la réussite économique, se concluant en une ode au vivre ensemble et aux bonheurs simples. Une merveille de comédie !

Toutes les images appartiennent à ©Ad Vitam.

I feel good Couverture du livre I feel good
Benoît Delépine et Gustave Kervern
Jean Dujardin, Yolande Moreau, Jean-Benoît Ugeux
Ad Vitam
26 septembre 2018
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Monique dirige une communauté Emmaüs près de Pau. Après plusieurs années d’absence, elle voit débarquer son frère, Jacques, un bon à rien qui n’a qu’une obsession : trouver l’idée qui le rendra riche. Plus que des retrouvailles familiales, ce sont deux visions du monde qui s’affrontent.

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