ETRANGE x GTP : The House That Jack Built (2018), notre critique

Première séance de l’équipe Good Taste Police à l’Étrange Festival et déjà un premier choc, celui de voir Gaspar Noé nous présenter The House that Jack Built, le dernier film de Lars von Trier (Melancholia, Antichrist, etc). Surtout lorsqu’il annonce au public de la Salle 500 du Forum des Images que ce nouveau cru est le « plus ludique » et le « plus drôle » du metteur en scène. En se plongeant dans les pensées intimes d’un tueur, le réalisateur danois nous présente une introspection sanguinolente de son art.

Bande-annonce

L’avis de Victor sur The House That Jack Built de Lars von Trier

Jack (Matt Dillon) est un homme se voyant comme un ingénieur, passionné par l’architecture. Il rêve de bâtir sa propre maison, qu’il approche comme un véritable chef d’oeuvre. Mais avant tout, c’est un psychopathe. Il tue tout ce ce qu’il trouve. Et ces pulsions meurtrières représentent pour lui une forme de pureté artistique absolue.

The House That Jack Built (Lars von Trier, 2018)
The House That Jack Built @Les Films du Losange

Un « artiste » adepte d’une violence insoutenable envers femmes et enfants, ça ne vous rappelle rien ? Dans le dernier numéro de la Septième Obsession¹, Lars von Trier exprimait son souhait de ne pas voir The House That Jack Built uniquement comme un film testamentaire. Malheureusement pour lui, difficile de passer outre cette image-là. Ce que Jack voit comme un art, nous le voyons évidemment comme une cruauté absolue. Plus les « incidents » de Jack s’accumulent, plus les meurtres deviennent crus et élaborés. Ceci pourrait être la même réception que celle de la filmographie entière de Lars Von Trier qui, au fur-et-à-mesure qu’il grandit, sombre de plus en plus dans le sabotage et le désespoir. Jack est un véritable alter-égo du cinéaste , planifiant ses meurtres avec un fusil comme von Trier tiendrait une caméra. Il incarne les principaux reproches fait au réalisateur. En particulier lorsqu’il est dépeint comme un misogyne, trouvant les femmes qu’ils rencontrent (Uma Thurman et Riley Keough, entre autres) affreusement “bêtes”. Celles-ci subissent la même violence qu’a pu appliquer Lars von Trier à ses propres personnages féminins (mais aussi actrices comme l’a témoigné la chanteuse Björk) dans des films comme Dancer in the Dark ou Dogville.

The House That Jack Built est une mise à mort du cinéma de Lars von Trier.

Il est réjouissant donc de voir le réalisateur livrer un jugement aussi brut et moral sur toute son œuvre, jusqu’à citer ouvertement des scènes de ses propres films. L’égo-trip est bien là, mais nécessaire pour apporter au film une certaine pertinence. A quoi bon donner des leçons de morales sur la violence de l’oeuvre et son artiste quand on s’est fait connaître pour ces mêmes choses ? The House that Jack built est une mise-à-mort du cinéma de Lars von Trier. Il l’avait déjà fait en 2003, lorsque le Dogme 95 se faisait tuer par James Caan et ses hommes de main dans Dogville. A l’époque, Von Trier ne croyant plus à son souhait de filmer le réel comme son camarade Thomas Vinterberg, il décida de tourner dans un studio avec quasiment aucun décor. 15 ans plus tard, il se tourne à nouveau vers une posture sentencieuse envers son œuvre, atterrissant littéralement en Enfer. La narration de ce film fonctionne comme celle de Nymphomaniac : deux voix théorisent sur la violence et l’art. Jack voit la beauté de l’horreur tandis qu’un homme mystérieux nommé Verge réfute toutes les théories douteuses qu’émet son interlocuteur. Von Trier est en constant dialogue avec lui-même, ayant conscience non seulement de sa violence mais aussi de sa nonchalance cinématographique. Car le film OSE l’insolence. Il rit du pathétisme de son personnage principal. L’un des points culminants étant une scène de meurtre insoutenable pour Jack en raison d’un T.O.C particulièrement encombrant par rapport à des taches de sang. L’ombre de la provocation pointe toujours le bout de son nez, entre une discussion douteuse sur l’architecture nazie et les punchlines sorties par Jack à ses victimes. Von Trier donne l’impression de ne plus apprécier son cinéma, préférant se tourner un ton désabusé.

¹ AIDAN Thomas, Lars von Trier – Jamais trop heureux, La Septième Obsession n°18, 2018. Page 21

A l’image de cet épilogue damnant son Oeuvre toute entière, The House that Jack built pourrait signer la fin de la carrière cinématographique de Lars von Trier. Ce 14ème long-métrage semble avoir tout dit, inutile d’aller plus-loin dans la surenchère désespérée. En attendant d’avoir la confirmation de cette hypothèse, soyez prêt à plonger dans l’Enfer artistique de Lars von Trier. C’est comme assister à une séance imaginaire du réalisateur chez son psy. Névrotique à outrance, vertigineux dans ses ruptures de ton, The House that Jack built ne brille pas par sa subtilité mais séduit dans cette remise en question que s’impose von Trier.

Toutes les images appartiennent à ©Les Films du Losange.

The House That Jack Built Couverture du livre The House That Jack Built
Lars von Trier
Matt Dillon, Bruno Ganz Uma Thurman
Les Films du Losange
17 octobre 2018
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Nous suivons le très brillant Jack à travers cinq incidents et découvrons les meurtres qui vont marquer son parcours de tueur en série. L'histoire est vécue du point de vue de Jack. Il considère chaque meurtre comme une œuvre d'art en soi.

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