On fait difficilement plus charmant qu’un western. Le far west, ses contrées arides, ses revolvers six-coups, ses chevaux bien dressés, ses…massacres d’indiens ? Pendant très longtemps, le cinéma a édulcoré la réalité, reléguant les natifs au rang de méchants colorés. Il a fallu attendre que le genre se ringardise pour qu’il accède enfin à la maturité (malgré quelques exceptions, bien sûr). Ainsi, depuis une vingtaine d’années, il est l’un des genres les plus qualitatifs. Et ce n’est pas Hostiles qui va nous prouver le contraire.

Bande-annonce

Ce qu’on a pensé de Hostiles

Son titre ne pouvait pas être plus explicite. Hostiles parle d’un monde dans lequel tout le monde veut du mal à son prochain, surtout s’il ne lui ressemble pas trait pour trait. D’une introduction particulièrement sauvage de laquelle auraient pu découler de nombreux clichés, Scott Cooper dresse un bilan particulièrement sombre d’une époque ni noire, ni blanche. S’il est évident que le massacre des Indiens hante le film, Cooper choisit de ne pas choisir de camp et nous offre des personnages absolument sublimes, déchirés, suintant la tristesse et la haine de l’autre, quand ils ne percutent pas leur inhumanité de plein fouet.

Christian Bale, Rosamund Pike, Wes Studi, tous apportent une gravité pesante à l’ensemble. Parce que Hostiles est loin de la sérieuse déconne de Django Unchained. Il est désespéré, âpre, tragique. Scènes contemplatives et instants de violence se succèdent dans un road trip où personne n’est à l’abri. Dans l’Ouest comme dans une guerre, il n’y a pas de gagnants, uniquement des âmes brisées, peu importe leur appartenance.

En cela, Hostiles se veut plutôt pessimiste. Quelques lueurs d’espoir pointent parfois le bout de leur nez avant d’être balayées d’un revers de la main par le simple fruit du hasard. Jamais le film n’est spectaculaire, jamais il ne joue sur le sensationnel. Le réalisateur offre une mise en scène sobre et économe, mais jamais avare en panoramas magnifiques et en passages poignants. Difficile de lui reprocher la moindre chose, même si nous émettons une petite réserve sur la fin. Le film aurait pu se terminer de deux manières différentes : avec la fin actuelle et 5 minutes plus tôt. Dans les deux cas, la dernière image est sublime, mais le ton diffère totalement. Hostiles aurait pu se terminer sur un formidable travelling, laissant le spectateur au bord des larmes. Cooper a choisi autre chose, et la fin n’en est pas moins bonne.

Rarement un western nous avait ému à ce point. Magnifiquement écrits et incarnés, les personnages animent une fresque à échelle humaine qui a de quoi dévaster même les plus solides des spectateurs. Oui, on crie au chef d’oeuvre, et Scott Cooper signe là une nouvelle consécration du genre. Incontournable.

Détails

Hostiles Couverture du livre Hostiles
Scott Cooper
Christian Bale, Rosamund Pike, Wes Studi
Metropolitan Filmexport
14 mars 2018
39 millions $

En 1892, le capitaine de cavalerie Joseph Blocker, ancien héros de guerre devenu gardien de prison, est contraint d’escorter Yellow Hawk, chef de guerre Cheyenne mourant, sur ses anciennes terres tribales. Peu après avoir pris la route, ils rencontrent Rosalee Quaid. Seule rescapée du massacre de sa famille par les Comanches, la jeune femme traumatisée se joint à eux dans leur périple.
Façonnés par la souffrance, la violence et la mort, ils ont en eux d’infinies réserves de colère et de méfiance envers autrui. Sur le périlleux chemin qui va les conduire du Nouveau-Mexique jusqu’au Montana, les anciens ennemis vont devoir faire preuve de solidarité pour survivre à l’environnement et aux tribus comanches qu’ils rencontrent.

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