Que ce soit à la télé (24) ou au cinéma (Phone Game, Buried ou Scream pour basculer dans un autre genre), le téléphone a toujours été une véritable star de l’écran. En 2014, on retrouvait Tom Hardy, dans sa bagnole, pendant 1H30, avec pour seul compagnon un cellulaire. Et si Locke n’était pas parfait, il offrait un exercice de style intéressant et prenant. Pas une prouesse donc, juste un divertissement malin et habile. C’est de cette même habileté que s’est équipé Gustav Möller lorsqu’il a entrepris le chantier de The Guilty, thriller en huis-clos dans un centre d’appel de la police.

Bande-annonce en VOST

La critique de The Guilty, par Alexandre

Suite à un événement des plus mystérieux, le cynique Asger se retrouve au central du 112, numéro d’urgence Danois visiblement. Lors d’une soirée en apparence bien routinière, le bonhomme doit faire face à un kidnapping téléphonique. S’ensuit une enquête singulière à la recherche de la vérité et de la rédemption. Car oui, comme Locke il y a 4 ans, The Guilty est à peu près autant un thriller tendu du slip qu’un film sur la culpabilité, d’où le titre tout en finesse du film.

Malheureusement, dans les deux cas, l’intrigue sent un peu le réchauffé. Le mec qui s’en veut et se met à aider autrui pour trouver son propre pardon, c’est du classique. Solide, certes, mais classique, d’autant plus que les révélations, aussi correctement amenées soient-elles, ne surprennent guère que le plus crédule des spectateurs. Ce qui me fait dire que parfois, c’est quand même beau d’être naïf et d’être estomaqué par le moindre petit rebondissement (et je peux vous dire que celui de The Guilty est loin d’être petit).

En revanche, si le fond semble trop convenu pour remporter l’adhésion, l’exécution est brillante. Vraiment. En faisant l’impasse sur de nombreux effets qui auraient eu tendance à alourdir l’ensemble (oui, plan séquence, on pense à toi), Möller délivre un film formellement sublime et étonnamment sobre. Pas de sensationnalisme à deux balles, de plans inutilement tarabiscotées : on s’en fout. The Guilty ne repose que sur les épaules de l’acteur Jakob Cedergren et la capacité du réalisateur à le mettre en valeur, et notamment sa voix. Parlant de son, et plus encore que le visuel, c’est tout le travail sur le mixage sonore qui décroche la mâchoire. On a réellement l’impression d’être au coeur des scènes que l’on entend, le moindre bruitage est un indice pour la suite de ce qui se déroule sous nos oreilles. J’en viens même à me demander si The Guilty n’aurait pas été encore plus puissant si le réalisateur s’était contenté d’une sorte de podcast, à la manière de ce que faisait Canal+ avec Calls.

Malgré la qualité de la mise en scène, du travail sur le son et l’investissement de son interprète principal, The Guilty tourne un peu à vide. Son intrigue n’arrive pas à la cheville des efforts déployés pour la raconter et ce qui aurait pu être un grand thriller se transforme finalement en petite baudruche. Notez tout de même qu’il s’agit du premier film du réalisateur Danois, et qu’il est certain qu’avec un meilleur scénario entre les mains, il sera capable de grandes choses. Vous pouvez en être certain !

Toutes les images appartiennent à ©ARP Selection.

The Guilty Couverture du livre The Guilty
Gustav Möller
Jakob Cedergren, Jessica Dinnage, Johan Olsen
ARP Selection
18 juillet 2018
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Une femme, victime d’un kidnapping, contacte les urgences de la police. La ligne est coupée brutalement. Pour la retrouver, le policier qui a reçu l’appel ne peut compter que sur son intuition, son imagination et son téléphone.

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