Couverture de Le Grand Bain (Gilles Lellouche, 2018)
Le Grand Bain ©StudioCanal et Mika Cotellon

Le Grand Bain (Gilles Lellouche, 2018) : la critique

Une équipe de « messieurs » tout-le-monde en pleine crise d’adulte décide de participer à un championnat international de natation synchronisée. Une formule « feel good » qui peut rappeler le succès britannique The Full Monty. Sauf que Gilles Lellouche n’est pas là pour remplir un cahier des charges et signe un film étincelant sur la dépression. Pas la peine de sortir les brassards, Le Grand Bain sait nager en toute splendeur.

Bande-annonce

Quand Victor plonge dans Le Grand Bain

A la parution de la première photo, l’idée paraissait déjà surprenante dans le cinéma populaire français. En soi, ce n’est pas grand chose, juste une photo montrant plusieurs acteurs connus du cinéma français entre Mathieu Amalric, Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde ou encore Philippe Katerine. Une photo ordinaire que l’on pourrait retrouver à n’importe laquelle des soirées des Césars par exemple. Il y a cependant un léger détail, les costumes ont été troqués au profit de bonnets et maillots de bain. Car pour son deuxième long-métrage, Gilles Lellouche a décidé de mettre à nu le cinéma français. Difficile au début de ne pas y voir un numéro d’agent double de la part de chaque comédien. On repense à Paul Dédalus (Trois souvenirs de ma jeunesse) en voyant le personnage de Amalric ou au personnage à côté de la plaque que Alban Ivanov jouait dans Le Sens de la fête. Dès lors, l’enjeu pour tout ses acteurs est de se détacher de leurs habitudes, de se mettre à nu et d’affronter les failles de leurs personnages.

Car Le Grand Bain n’est pas uniquement la comédie all-star vendue par les teasers. C’est évidemment drôle, hilarant même. Impossible de ne pas succomber aux punchlines et aux situations comiques de cette bande. Mais là où Gilles Lellouche dépasse le postulat de simple comédie, c’est dans sa manière d’instaurer d’emblée le drame au sein de son histoire. Dès son introduction, sorte de montage rempli d’inserts aux airs de Jean-Pierre Jeunet où le personnage joué par Mathieu Amalric exprime sa dépression, le film jongle constamment entre la joie et la déprime. Comme si Lellouche était un Monsieur Loyal qui dirige une troupe entièrement constituée de clowns tristes. Le fil narratif de ce long est naturellement la préparation de ce concours de natation, mais la véritable motivation de ces personnages est de plonger la tête la première dans leurs névroses pour les affronter et remonter à la surface en ayant changé. Que ce soit pour renoncer à son rêve éternel de percer dans le monde du rock sans succès, d’être pris plus au sérieux par ses proches ou tout simplement d’accomplir quelque chose. Et c’est ça qui fait la grande force de ces personnages, en étant dévêtus de leurs prestiges de stars, on se surprend à s’identifier fortement à eux par cette approche humaine dans l’écriture. Mais aussi dans la mise-en-scène puisque Lellouche et son monteur Simon Jacquet épargnent les scènes vues et revues d’engueulades et de maladresses, en présentant juste l’amorce puis la conséquence par le basculement vers une autre scène, admettant ainsi l’intelligence du spectateur pour comprendre ce qu’il se passe sans lui servir du prémâché.

On ne va pas s’amuser à sortir chaque nom du casting. Tout ce que l’on peut dire est que n’importe quel comédien impliqué dans ce Grand Bain parvient à s’imposer sans jamais éclipser ses partenaires de jeu. Il est impressionnant de voir à quel point Lellouche parvient à gérer un aussi grand casting sans jamais en faire trop. A vrai dire, on n’avait pas vu ça depuis un film comme Magnolia de Paul Thomas Anderson. Une comparaison pas si anodine puisque ces deux films doux-amers sont accompagnés par les notes mélancoliques de Jon Brion.

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Le Grand Bain est un film qui risque de décrocher la médaille d’or au box-office. C’est un cocktail fait de larmes et de rires avec un soupçon de spectacle. Le tout soigneusement préparé par un réalisateur inventif. Une plongée en apnée dans la dépression où la pression diminue par le biais de la comédie.

Le petit mot de Kuru

Sinon, si la dépression vous intéresse, il y a Annihilation qui est bien sympathique. Ce n’est pas vraiment le même genre mais croyez-moi, l’ours vous fera dire que c’est tout aussi efficace !

Toutes les images appartiennent à ©StudioCanal.

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