Six ans. Six longues années loin des caméras. Le bonhomme commençait à nous manquer. Il faut dire qu’avec Martyrs, Pascal Laugier nous avait profondément marqué, au point de faire passer The Secret pour un film anecdotique (malgré ses grandes qualités). L’année passée, nous apprenions que le réalisateur français serait de retour en 2018, avec un long-métrage intitulé Ghostland et Mylène Farmer au casting. Devions-nous être inquiet ? Pas vraiment, d’autant plus que le genre français n’a jamais eu autant besoin d’une petite patate de forain dans la gueule.

Bande-annonce

Ce qu’on a pensé de Ghostland

Sans surprise, Ghostland crée la surprise. D’un simple home invasion en apparence (une idée désamorcée par un twist prévisible mais habile), le film joue habilement sur les attentes des spectateurs en les cuisinant à la sauce Laugier. Une sauce rouge sang, battue pendant des heures, servie bien chaude. C’était déjà le cas dans Martyrs et The Secret, c’est encore plus le cas ici : chez Laugier, il n’y a de place que pour le réel. Le réalisateur cite d’ailleurs ouvertement Lovecraft (à l’origine d’une scène fort peu convaincante au passage), pour qui l’horreur est avant tout ancrée dans la réalité.

C’est le cas ici. Ghostland n’est pas vraiment effrayant, il est simplement tétanisant. D’une intensité folle. L’intro, virtuose et brutale, plonge le public dans un rythme de fou furieux que Laugier ne relâchera jamais. Pas de temps mort, pas de concession. Juste une horreur bien réelle, pensée pour faire souffrir aussi bien psychologiquement que physiquement. S’il n’est jamais aussi rude et taré que Martyrs, Ghostland expose une nouvelle fois l’obsession de Pascal Laugier pour la douleur physique, particulièrement chez les femmes. Il est le cinéaste de l’ecchymose, du coquard, de la mutilation. Si on n’est pas sûr de pouvoir parler de mérite, c’est tout de même quelque chose qu’on ne peut pas lui retirer.

Pour jouer dans un Laugier, il fallait aussi des actrices aussi perchées que talentueuses. Mylène Farmer surprend, là où Emilia Jones et Taylor Hickson sont tout bonnement prodigieuses. Elles endurent coup sur coup, sans jamais surjouer, accentuant par là le réalisme des situations mises en scène.

Faute de concurrence, Ghostland devient le nouveau champion de l’horreur à la française. Pascal Laugier fait une proposition dont lui seul a le secret, incapable qu’il est de retenir ses coups. S’il n’est pas aussi extrême que ce qu’on imaginait, on n’a pas pu s’empêcher de respirer un grand coup en sortant de la salle, après 1H30 de maltraitance physique et de violence déchaînée. Julia Ducournau et son Grave peuvent aller se rhabiller.

Détails

Ghostland Couverture du livre Ghostland
Pascal Laugier
Mylène Farmer, Emilia Jones, Taylor Hickson
Mars Films
14 mars 2018
4,2 millions €

Suite au décès de sa tante, Pauline et ses deux filles héritent d’une maison. Mais dès la première nuit, des meurtriers pénètrent dans la demeure et Pauline doit se battre pour sauver ses filles. Un drame qui va traumatiser toute la famille mais surtout affecter différemment chacune des jeunes filles dont les personnalités vont diverger davantage à la suite de cette nuit cauchemardesque. Tandis que Beth devient une autrice renommée spécialisée dans la littérature horrifique, Vera s’enlise dans une paranoïa destructrice. Seize ans plus tard, la famille est à nouveau réunie dans la maison que Vera et Pauline n’ont jamais quittée. Des évènements étranges vont alors commencer à se produire…

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