Critique - La forme de l'Eau, de Guillermo Del Toro

CRITIQUE // La Forme de l’Eau, de Guillermo Del Toro

Bien que son Crimson Peak ait laissé beaucoup de cinéphiles sur le carreau, Guillermo Del Toro peut largement être considéré comme un cinéaste majeur des années 2000. De manière générale. Quand on se penche sur le fantastique, c’est encore plus vrai. Amoureux des monstres depuis des lustres, le réalisateur Mexicain est pour ainsi dire le seul qui peut se targuer de leur offrir un peu d’espace sur nos écrans, qu’il soit terrifiants, gigantesques ou héroïques. Alors quand celui-ci nous annonce la Forme de l’Eau, une romance monstrueuse, difficile de ne pas être emballé, voire d’espérer un Labyrinthe de Pan bis !

Bande-annonce

Ce qu’on a pensé de la Forme de l’Eau

Laboratoire secret, coursives rouillées et monstre enchaîné, la Forme de l’Eau transpire le rétro à plein nez. Et pour cause, Guillermo Del Toro ayant choisi d’installer son intrigue au beau milieu de la Guerre Froide, en 1962. Une époque parfaitement adaptée à l’obsession du réalisateur l’autre et la peur qu’il engendre. Cet autre, prenant aussi bien l’apparence d’un espion Russe que d’une femme Noire, d’une muette, d’un homosexuel ou d’un monstre aquatique, ce marginal, si cher au cinéma du réalisateur mexicain. En construisant un groupe uniquement constitué de ces êtres à part, Del Toro fait le pari de la bienveillance et de l’amour dans sa forme la plus simple.

S’il y a bien une chose qu’on ne pourra pas reprocher à la Forme de l’Eau, c’est sa beauté formelle. La douceur de la direction artistique et la multiplication des hommages au genre font du film un objet unique, pour ne pas dire dépareillé du reste de la production mainstream. Sur le fond, le constat est similaire, bien que convenu par les temps qui courent : l’heure est à la tolérance. Oui, c’est beau, joli, mignon, tout ce que vous voulez. Mais ce discours cache en fait une extrême faiblesse dans l’écriture : la Forme de l’Eau est parfaitement binaire. La gentille Hawkins contre le méchant Shannon, véritable caricature d’un vilain diabolique. Plus balourd qu’un Jaeger, Del Toro livre des personnages sans nuance, et donc forcément peu crédibles.

C’est le seul véritable handicap du film, mais quel handicap ! Pour se consoler, on peut toujours compter sur la capacité de Del Toro à narrer ses histoires bien mieux qu’il ne les écrit. On se laisse facilement prendre à ce jeu du chat et de la souris, parsemé d’instants de grâce brute comme seul le réalisateur sait les faire. Un animal mort par ici, une scène de nu par là, la Forme de l’Eau surprend par son culot, sans non plus se permettre les pointes de violence du Labyrinthe de Pan.

En mettant en scène des personnages attachants mais aussi fouillés que ceux de My Little Pony, Guillermo Del Toro se tire une sacrée balle dans le pied. Il alourdit un propos important, en le simplifiant à l’extrême. Reste un enrobage délicieux, aussi bien visuel que musical, et des performances d’acteurs à saluer, Richard Jenkins et Sally Hawkins en tête.

L’avis des p’tits potes de GTP

Jetez un oeil à l’avis laissé par Victor sur les Brouillons du Cinéma :

« Un amour pour le cinéma de genre, tout d’abord. Car dans cette idylle s’illustre l’amour inconditionnel du célèbre réalisateur pour le cinéma mais aussi l’art en général. »

Découvrez aussi la critique du film par Lucile sur Lully Fabule :

« Grand amoureux du Cinéma, le réalisateur n’hésite pas à insérer des hommages évidents à plusieurs courants cinématographiques : du film muet à la comédie musicale, en passant par le polar noir et le fantastique de série B »

Détails

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Affiche - La Forme de l'Eau, de Guillermo Del Toro

Réalisateur : Guillermo Del Toro
Casting : Sally Hawkins, Doug Jones, Richard Jenkins
Distributeur : 20th Century Fox
Date de sortie : 21 février 2018
Budget : 20 millions $

Le baromètre Good Taste Police :
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Modeste employée d’un laboratoire gouvernemental ultrasecret, Elisa mène une existence solitaire, d’autant plus isolée qu’elle est muette. Sa vie bascule à jamais lorsqu’elle et sa collègue Zelda découvrent une expérience encore plus secrète que les autres…[/powerkit_tab][/powerkit_tabs]

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