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Fleuve Noir (Erick Zonca, 2018), couverture
©Mars Distribution

Fleuve Noir (Érick Zonca, 2018) : la critique

Cette année, l’été sera chaud, nous a bien souvent rabâché Jean-Pierre Pernaut. Mais ce qu’il oublie, c’est que notre bel été est aussi hyper « Vincent Cassel », puisqu’on apercevra l’acteur dans pas moins de trois long-métrages estivaux. Que du bonheur. Avant de le retrouver aux côtés d’Isabelle Adjani dans l’attendu Le Monde est à toi, puis sous la houlette d’un cinéaste brésilien dans le redouté O Grande Circo Místico, place à Fleuve Noir, qui marque le retour au cinéma du réalisateur de La Vie rêvée des Anges. Mettons les choses au clair immédiatement : mis à part notre comédien fétiche, il n’y pas grand-chose à sauver dans ce thriller abracadabrantesque.

Bande-annonce

La critique de Fleuve Noir, par Amaury

Outre les faiblisses considérables du scénario, notamment dans son intrigue policière, aussi capillotractée qu’un épisode de NCIS, un véritable problème se pose quant au fossé qui se creuse entre l’intention de l’auteur et notre perception de l’œuvre. Si Eric Zonca souhaitait proposer le plus sérieusement possible un polar glaçant sur les névroses familiales, dans la lignée d’un Faute d’amour par exemple, on a préféré, et ce dès les premiers dialogues, appréhender son film au second, voire au troisième degré, telle une comédie noire sur fond de faits-divers farfelus, à mi-chemin entre Columbo et P’tit Quinquin.

Pourquoi en rire donc ? On vous explique : le long-métrage s’ouvre sur une Sandrine Kerberlain en pleurs, témoignant au sujet de la disparition de son fils, dont on suppose qu’il a été kidnappé ou assassiné (d’accord, c’est pas top niveau ambiance pour l’instant, mais attendez de lire la suite). Hors-cadre, on entend une voix d’outre-tombe qui l’assaille de questions. Contre-champ ensuite : on a peiné à la reconnaître, mais la voix était bien celle de Vincent Cassel, ici en flic aussi vénère et alcoolique que Gerard Butler dans le génial Criminal Squad. Avec son dos voûté et sa patate dans la bouche, l’acteur nous donne en effet l’impression d’être bourré en permanence. À tel point qu’on a envie de croire que les nombreuses bouteilles de whisky sifflées par l’acteur durant le tournage n’étaient pas du jus de pomme. Et quand on réalise que le rôle devait initialement être tenu par Gérard Depardieu, cela va au-delà de tous nos fantasmes de cinéma les plus fous…

Mais revenons à nos moutons, et en l’occurrence à Romain Duris, seconde tête d’affiche de cette mascarade, dont le cabotinage associé à l’écriture improbable de son personnage n’est pas sans nous rappeler les moments de bravoure nanardesques du dernier Roman Polanski, puisqu’il campe un écrivain azimuté, voisin de la famille du disparu, pour laquelle il voue une obsession aussi suspecte que son phrasé est théâtral (attention, on ose les tirades romanesques du genre : « Vous sous-estimez le pouvoir de littérature, commandant, HA HA HA ! »). Du côté des comédiennes, ce n’est pas plus glorieux : Kiberlain semble bien embarrassée de surjouer les dépressives névrosées, tandis que la pauvre Élodie Bouchez est réduite à interpréter une épouse complètement lunaire (pour ne pas dire teubée), dont la niaiserie nous rappelle involontairement l’humour absurde de Problemos d’Eric Judor.

Au final, nous avons là une œuvre peu crédible en tant que thriller, mais qui ne semble pas non plus assumer son potentiel comique, de par une mise en scène beaucoup trop glauque en dépit de certains aspects un peu ridicules du récit. Cependant, les prestations en roue libre des comédiens nous divertissent malgré tout, tant leurs dialogues sont hallucinants de non-sens. En cela, Fleuve Noir est à voir éventuellement si vous avez un abonnement illimité au cinéma (ou un amour inconditionnel envers ces acteurs).

P.S. : Suite du « Cassel Show » le 15 août prochain, avec la sortie du Monde est à toi de Romain Gavras, dont nous écrirons une critique dès que possible.

Toutes les images appartiennent à ©Mars Distribution.

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