Critique de First Man (Damien Chazelle, 2018)
©Universal

First Man (2018), la critique : La La Lune

Depuis Le voyage sur la Lune de Georges Méliés, la conquête spatiale a toujours passionné le cinéma. Que ce soit avec un ballet cosmique de Stanley Kubrick ou de l’horreur signée Ridley Scott, Hollywood a toujours su exploiter cette envie d’exploration pour en faire un spectacle. Pourtant, curieux choix que celui de Damien Chazelle pour raconter les premiers pas de l’Homme sur la lune avec First Man, portrait anti-spectaculaire de l’astronaute Neil Armstrong.

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Bande-annonce

Damien Chazelle en nouveau Spielberg ?

La première séquence du film annonce clairement que nous sommes devant une oeuvre signée Chazelle. On voit Neil Armstrong échouer à un test aérospatial, crashant sa navette. On est donc loin du spectacle musical en ouverture de La La Land mais pas si éloigné de l’interrogatoire musclé à la batterie de Whiplash. Ces deux œuvres du cinéaste, auxquelles vient s’ajouter First Man, ont en commun un postulat tourné vers le sacrifice. Dans leur volonté d’atteindre un objectif en apparence inatteignable, ses personnages centraux sont prêts à tout, quitte à s’infliger des douleurs (physiques ou morales) conséquentes. Dans Whiplash, c’était Miles Teller qui devait s’affranchir physiquement de la torture pratiquée par son professeur tandis que La La Land racontait l’histoire d’un couple brisé par des choix de carrière divergents. First Man emprunte un chemin similaire en transformant cette part importante de notre histoire en pur film mortuaire.

Privilégiant le portrait humain dans ses histoires, Chazelle s’immisce dans la vie de Neil Armstrong. Le film évoque dès le départ le décès de sa fille, Karen, des suites d’une longue maladie. Cette épreuve marquera un profond tournant dans la vie de l’astronaute, dès lors totalement obsédé par ses lubies lunaires. A un moment donné, le personnage joué par Kyle Chandler présente la mission par une simple ligne droite tracée entre la Terre et la Lune. Clair, efficace. Pourtant, l’exécution est si technique (personne n’a idée) que de nombreux essais infructueux sont presque nécessaires pour réussir. Au vu des résultats, on qualifiera même plutôt ces essais d’épreuves mortelles. Finie la bande de gros bras sur fond d’Aerosmith, Chazelle filme ici les locaux de la NASA comme un cimetière. A ce propos, le choix de Ryan Gosling pour incarner Neil Armstrong dans cette posture mortuaire est très juste. Caractérisé par ses traits monotones, l’acteur se retrouve obligé de contenir toutes ses frustrations en un seul visage (même défiguré) pour éviter de craquer et perdre de vue son objectif. Ce sera Janet Armstrong, jouée par une épatante Claire Foy, qui servira de contre-point en s’interposant frontalement à son mari pour le raisonner jusqu’à un dernier plan poignant.

First Man est aussi intéressant par la façon dont Chazelle traite une nouvelle fois la désillusion américaine. La La Land présentait un monde hollywoodien merveilleux et coloré pour en présenter ensuite un aspect plus sombre. Le Hollywood prestigieux de Gene Kelly et Nicholas Ray se consumait petit à petit. Dans le cas présent, c’est l’efficacité des services américains qui est mise à l’épreuve. C’est bien beau d’arriver sur la Lune en premier, mais qu’en est-il du prix payé pour y parvenir ? C’est la question que se pose Bob Gilruth, responsable du programme spatial de l’époque, et par extension le film. La course infernale avec l’URSS et les nombreux incidents témoignent d’un manque de confiance palpable, que Chazelle n’hésite pas à exploiter. Mais après tout ce travail accompli, le réalisateur récompense son personnage par d’impressionnantes séquences spatiales. Préférant l’effet de subjectivité pour accentuer l’immersion, le film parvient à nous ressentir la même sidération que celle des premiers conquérants de la Lune.

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Il ne faut pas avoir peur de la froideur de First Man, Damien Chazelle signe un film passionnant sur la douleur que peut entraîner un acte grandiose. Produit par Dreamworks, on y retrouve la même force ici que dans les films de Steven Spielberg : une lecture toute en nuances de l’Histoire américaine, impliquant un bouleversement immédiat dans la vie des personnages. On peut donc dire à Houston qu’il n’y a pas de problème !

Toutes les images appartiennent à ©Universal.

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